La France se lance à fond dans la maîtrise de la très haute altitude (THA), cette zone située entre 20 et 100 kilomètres au-dessus de la Terre. Même si on en sait encore très peu, cette région représente un enjeu d’importance pour la souveraineté nationale et l’innovation militaire. On la surnomme souvent la « zone grise » en droit international, ce qui en fait un terrain d’opportunités et de défis pour les grandes puissances.
Un univers international compliqué
En février 2023, un fait marquant a rappelé pourquoi la THA attire autant l’attention : les États-Unis ont abattu un « ballon chinois » après qu’il ait survolé le Canada et leur territoire. Cet épisode a remis sur la table l’absence de règles claires sur les limites de l’espace aérien souverain (le général Alexis Rougier parlait d’ailleurs de la Convention de Chicago de 1944, qui définit l’espace aérien au-dessus des États sans jamais préciser sa fin). Par ailleurs, le traité de l’espace de 1967 affirme que l’espace est libre de circulation, sans indiquer précisément où il commence.
Actuellement, les États-Unis et la Chine mènent la danse dans la militarisation de cette zone avec des programmes avancés comme le système américain THAAD et le projet chinois HADES. Afin d’éviter que ces puissances puissent exploiter d’éventuelles failles, la France se doit de renforcer sa présence dans cette zone stratégique.
Les ambitions de la France en THA
Face à ces nouveaux rapports de force, la France entend bien affirmer sa supériorité opérationnelle dans la THA. Le ministre Sébastien Lecornu explique que « c’est à la France de faire face de manière crédible à ces nouveaux défis ». L’idée, c’est aussi de réduire sa dépendance par rapport aux États-Unis et de repousser les limites technologiques actuelles des avions de chasse modernes et des systèmes d’armes pour contrer les menaces émergentes, comme les drones solaires et les armes hypersoniques.
Le 23 juin, le Centre national d’études spatiales (CNES) a mené une opération marquante en réalisant avec succès des tirs d’essai de missiles MICA contre des ballons stratosphériques, prouvant ainsi les capacités françaises en matière de détection et d’interception dans la THA.
Technologies et investissements de haut vol
Pour atteindre ses objectifs, la France mise gros sur des technologies innovantes adaptées à la THA, renforçant ainsi ses capacités logistiques. Deux grandes familles d’appareils se dessinent :
- D’un côté, les systèmes permanents de haute altitude (HAPS) comme les ballons manœuvrants BalMaN, le drone solaire Zephyr d’Airbus et le dirigeable Stratobus ;
- De l’autre, les armements hypervéloces.
Parmi les projets, on note un financement de 5 millions d’euros pour le ballon BalMaN, 2,3 millions d’euros pour le Zephyr, et 10 millions d’euros pour le Stratobus. Ces dispositifs offrent des avantages opérationnels notables, tels que « la longe », « la permanence » et « la survivabilité ».
Vers une unité opérationnelle dédiée
La France prévoit aussi d’adapter ses radars pour améliorer la détection en THA. Un investissement de 2 millions d’euros a ainsi été engagé pour moderniser le radar transhorizon Nostradamus en Normandie. Parallèlement, une unité spécialisée dans les HAPS sera créée à la base aérienne d’Istres pour garantir une défense efficace face à toute menace potentielle.
L’objectif affiché ? Disposer d’une unité opérationnelle HAPS dès 2030, afin de renforcer sa capacité à protéger ses intérêts nationaux tout en jouant un rôle majeur sur la scène géopolitique mondiale.








