On ne prédit pas les changements de régime en Russie. On les constate après coup. Les successions s’y écrivent dans l’ombre, dans les silences et dans les équilibres entre factions. Pourtant, un nom commence à s’imposer comme successeur possible de Vladimir Poutine : Kirill Dmitriev.
À 49 ans, cet ancien banquier formé à Stanford et à Harvard est surtout connu pour avoir dirigé le Fonds russe d’investissement direct (RDIF), bras armé du Kremlin pour ses partenariats économiques internationaux. Mais son rôle ne s’arrête plus à l’économie. Il incarne désormais l’un des visages de l’après-Poutine. Un rôle convoité, mais éminemment périlleux. C’est aujourd’hui l’homme‑clé des négociations entre la Russie et les États‑Unis, supplantant l’inamovible Sergueï Lavrov.
Kirill Dmitriev représente les intérêts du clan de la « Famille », gravitant autour de Katerina Tikhonova, fille cadette du président. Ce groupe, souvent sous‑estimé, cherche à sécuriser sa place dans la Russie post‑Poutine. Le lien de Dmitriev à ce cercle ne relève pas du hasard : son épouse, Natalia Popova, est le bras droit et la confidente de Katerina Tikhonova. Le couple Dmitriev incarne ainsi un pont stratégique entre les élites russes appartenant au club très restreint des proches du président russe et les milieux économiques occidentaux qu’il fréquente.
Au Kremlin, nul n’ignore que le règne de Poutine touche à son crépuscule biologique. Et la bataille pour l’avenir a commencé, silencieuse mais implacable. Certains misent sur les militaires, d’autres sur les technocrates du FSB. Kirill Dmitriev, lui, offre un profil hybride : proche du cœur familial du pouvoir, familier des codes occidentaux et suffisamment discret pour ne pas effrayer les autres clans.
Il est encore trop tôt pour dire s’il est un dauphin, un parrain ou une simple figure d’interposition. Mais le fait est là : Kirill Dmitriev est désormais considéré comme un candidat sérieux à la succession. Un homme dont l’ascension dit beaucoup de la nouvelle grammaire du pouvoir russe : celle des lignées, des alliances matrimoniales et des jeux d’influence discrets.








