Le nom de Kirill Dmitriev refait surface dans les cercles diplomatiques de Washington. Patron du fonds souverain russe RDIF et fidèle allié de Vladimir Poutine, cet ancien banquier de Goldman Sachs pourrait prochainement se rendre aux États-Unis, dans un contexte de pressions renouvelées sur Moscou pour négocier un cessez-le-feu en Ukraine. Le Kremlin a confirmé, du bout des lèvres, qu’une visite de Kirill Dmitriev « pourrait avoir lieu ». Derrière cette déclaration laconique se cache un épisode clé d’une diplomatie parallèle bien rodée – celle des réseaux personnels et des intérêts croisés, loin des chancelleries officielles.
L’homme des passerelles économiques
Kirill Dmitriev n’est pas un inconnu à Washington. Diplômé de Stanford, il a travaillé dans le bureau moscovite de Goldman Sachs avant de prendre la tête, en 2011, du Russian Direct Investment Fund (RDIF), le bras financier de l’État russe chargé d’attirer les capitaux étrangers.
Son profil, à la croisée des mondes financiers russe et occidental, fait de lui, depuis longtemps, l’un des artisans officieux des relations bilatérales. Et son carnet d’adresses — qui va des oligarques proches du Kremlin aux gestionnaires de fonds new-yorkais — reste un atout stratégique, même après des années de gel diplomatique.
Retour sur une diplomatie de l’ombre
Kirill Dmitriev avait déjà joué un rôle dans les premières tentatives de rapprochement russo-américain après l’élection de Trump en 2016. En janvier 2017, il avait rencontré Erik Prince aux Seychelles, lors d’une réunion discrète organisée par les Émirats arabes unis, afin d’établir un canal de discussion parallèle.
Peu après, il avait transmis un mémo confidentiel aux équipes de transition américaines via George Nader, un autre personnage clé des réseaux d’influence du Golfe. Ces initiatives avaient été documentées dans le rapport Mueller, sans toutefois entraîner de poursuites judiciaires.
2025 : signaux faibles, signaux forts
Le possible retour de Kirill Dmitriev à Washington survient dans un contexte où plusieurs gestes américains à l’égard de Moscou ont été observés :
- Le 2 avril 2025, le Trésor américain a levé les sanctions contre Karina Rotenberg, épouse de Boris Rotenberg, oligarque russe et ami d’enfance de Vladimir Poutine. Aucune justification n’a été rendue publique, ce qui alimente les spéculations sur un arrangement diplomatique plus large.
- Le même jour, un décret signé de la main de Poutine a autorisé la vente des actifs russes de Goldman Sachs à Balchug Capital, un fonds d’investissement arménien. L’opération, qui inclut des participations dans Gazprom, Rosneft, Novatek et Lukoil, scelle le retrait ordonné de la banque américaine du marché russe – avec l’aval direct du Kremlin.
Ces deux décisions, bien que distinctes, apparaissent comme des gestes réciproques dans un jeu diplomatique en cours.
Witkoff, Dmitriev : la diplomatie des intermédiaires
C’est Steve Witkoff, magnat de l’immobilier et nouvel envoyé spécial de Trump pour les négociations sur l’Ukraine, qui aurait invité Kirill Dmitriev à Washington. Le département d’État aurait délivré une licence spéciale pour permettre l’entrée du dirigeant russe, encore sous sanctions depuis 2022.
La méthode est connue : contourner les canaux institutionnels, privilégier les visages connus et les réseaux stables, et entretenir des lignes de communication informelles.
Un signal à double détente
Le retour de Kirill Dmitriev dans le jeu diplomatique américain en 2025 n’est pas anodin. Il signale à la fois :
- La résilience d’un réseau russo-américain fondé sur des connivences économiques et personnelles
- Et la volonté, du côté de Trump, d’explorer d’autres leviers que les sanctions classiques pour obtenir un résultat politique – en l’occurrence, un cessez-le-feu en Ukraine.
Il reste à savoir si cette diplomatie de l’ombre, amorcée dans les salons feutrés de Goldman Sachs et les couloirs de Davos, sera capable de produire des effets concrets sur le champ de bataille.








