Iran : comment Téhéran organise des assassinats à l’étranger

L’Iran externalise ses assassinats à des gangs criminels. Une stratégie opaque révélée par une enquête de la BBC sur les services spéciaux iraniens.

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Iran : comment Téhéran organise des assassinats à l’étranger | Armees.com

L’Iran externalise ses assassinats à des gangs criminels. Une stratégie opaque révélée par une enquête de la BBC sur les services spéciaux iraniens.

Une stratégie clandestine : l’Iran mise sur le crime organisé

Le 15 mai 2025, la BBC a publié une enquête approfondie révélant l’implication de plus plus importante de l’Iran dans des opérations d’assassinats et d’enlèvements ciblés à l’étranger, en s’appuyant sur des gangs criminels internationaux pour exécuter ces missions. Cette stratégie, visant à éliminer des dissidents, journalistes et opposants politiques vivant hors des frontières iraniennes, marque une intensification notable depuis 2022.

Parmi les figures centrales de ces opérations clandestine figure Naji Sharifi Zindashti, un baron de la drogue iranien. Son nom apparaît dans plusieurs affaires, notamment l’assassinat en 2017 à Istanbul de Saeed Karimian, directeur d’une chaîne de télévision persane diffusant des programmes occidentaux en Iran. Trois mois avant sa mort, Karimian avait été condamné par contumace à six ans de prison par un tribunal révolutionnaire iranien. Les autorités turques ont également lié Zindashti à l’assassinat en 2019 de Massoud Molavi, un ancien membre des Gardiens de la Révolution ayant dénoncé la corruption au sein du régime iranien. Des éléments d’enquête ont révélé la présence de proches collaborateurs de Zindashti sur les lieux des deux crimes.

Des enlèvements ciblés à l’étranger depuis 2020

En 2020, Zindashti est de nouveau cité dans l’enlèvement de Habib Chaab, un dissident iranien attiré à Istanbul avant d’être kidnappé et exécuté en Iran. Son neveu a été arrêté en Turquie en lien avec cette affaire. L’année suivante, une enquete judiciaire américaine a pu démontrer une tentative de Zindashti d’engager un membre des Hells Angels pour assassiner deux défecteurs iraniens dans le Maryland, contre une somme de 370 000 dollars. L’intervention du FBI a permis de déjouer ce complot.

Les services de renseignement américains et israéliens pointent du doigt l’unité 840 de la Force Qods, branche des Gardiens de la Révolution, comme étant responsable de la planification de ces opérations à l’étranger. 

Au Royaume-Uni, les autorités ont recensé au moins 20 menaces crédibles émanant de l’Iran en 2024. Parmi les cibles, des journalistes de la chaîne Iran International, basée à Londres. En mars 2024, un homme armé a été arrêté près du domicile de la journaliste Masih Alinejad à Brooklyn. Deux ans auparavant, un individu avait été appréhendé avec une arme chargée à proximité de son domicile. En 2023, la présentatrice Sima Sabet a échappé à une tentative d’attentat à la bombe contre son véhicule. 

Des précédents historiques qui rappellent l’affaire de Berlin (1992)

Cette stratégie d’externalisation des opérations létales permet à l’Iran de brouiller les pistes et de minimiser les risques de répercussions diplomatiques. Cependant, les autorités britanniques et américaines ont intensifié leurs efforts pour contrer cette « pénétration rampante » des réseaux criminels par l’Iran. Des sanctions ont été imposées à plusieurs individus liés aux services de renseignement iraniens, dont Zindashti.

Cette accroissement des activités clandestines iraniennes à l’étranger rappelle les assassinats de 1992 à Berlin, où quatre leaders kurdes iraniens ont été tués. À l’époque, la justice allemande avait conclu que l’opération avait été ordonnée au plus haut niveau de l’État iranien. Aujourd’hui, l’utilisation de gangs criminels comme intermédiaires montre que les méthodes changent, mais que l’objectif reste néanmoins le même : éliminer toute voix dissidente, où qu’elle se trouve.

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