Iran, 100 jours de guerre : l’Europe a-t-elle compris la leçon ?

Alors que le conflit entre les États-Unis et l’Iran dans le Golfe Persique entre dans son centième jour, l’Europe continue de tergiverser sur ses budgets de défense. L’Allemagne et l’Italie convertissent leurs industries pour la production de défense, tandis que la France reste immobilisée par des débats politiques sur les retraites. La question urgente : l’Europe aura-t-elle encore les moyens de se protéger si elle n’agit pas maintenant ?

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Iran, 100 jours de guerre : l’Europe a-t-elle compris la leçon ? © Armees.com

Cela fait bientôt cent jours que les États-Unis sont en guerre avec l’Iran dans le Golfe Persique. Cent jours pendant lesquels l’Europe regarde, commente, et continue de tergiverser sur ses budgets de défense. Pendant ce temps, les industriels allemands convertissent leurs chaînes automobiles en lignes de production de munitions. Nous, nous débattons encore de l’âge de la retraite.

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Nombre de jours de conflit armé entre les États-Unis et l’Iran dans le Golfe Persique, un théâtre d’opérations qui menace directement les routes d’approvisionnement énergétique de l’Europe.

Le réveil américain que personne ne veut voir en face

Six missiles balistiques interceptés en une seule journée dans le Golfe Persique. Des drones iraniens neutralisés en rafale par les systèmes de défense américains. La guerre contre l’Iran n’est plus une hypothèse de planification stratégique : elle est réelle, quotidienne, et elle dure. Pourtant, à Paris, à Berlin, à Bruxelles, la classe politique continue de traiter la défense comme une variable d’ajustement budgétaire, un poste de dépense qu’on consent à augmenter du bout des lèvres pour faire bonne figure à l’OTAN.

Force est de constater que les Américains, eux, ne théorisent pas. Ils agissent. Et ils paient, humainement, matériellement, financièrement. La question qui devrait nous tarauder ce matin n’est pas de savoir si les États-Unis ont eu raison d’entrer en conflit avec Téhéran. La question est simple et brutale : si demain les routes du Golfe se ferment durablement, si le détroit d’Ormuz devient un champ de mines, si le pétrole s’envole à 200 dollars le baril, qu’est-ce que l’Europe est capable de faire, seule, pour protéger ses intérêts ?

La réponse, aujourd’hui, est inconfortable.

L’Allemagne agit, la France discourse

Ce qui se passe outre-Rhin mérite qu’on s’y attarde. Les syndicats allemands, pourtant peu réputés pour leur enthousiasme belliciste, accompagnent sans broncher la reconversion de l’industrie automobile vers la production de défense. Des chaînes qui fabriquaient des berlines produiront demain des munitions, des véhicules blindés, des drones. C’est une révolution industrielle silencieuse, pragmatique, efficace. Les Allemands ne font pas de philosophie : ils font des affaires, et ils comprennent que la défense est désormais un marché d’avenir.

En Sardaigne, l’usine du groupe RWN double ses capacités de production de drones et de munitions sous-marines d’ici 2027. Même les Italiens, pourtant tiraillés par leurs convictions pacifistes, ont tranché : il faut nourrir les gens, et l’industrie de défense le fait. Je ne dis pas que c’est confortable moralement. Je dis que c’est la réalité.

Pendant ce temps, en France, le débat politique tourne en grande partie autour de la réforme des retraites, et l’on se demande si le RN va faire de l’âge légal son cheval de bataille pour 2027. C’est légitime démocratiquement. Mais c’est un luxe de temps de paix. Or nous ne sommes plus tout à fait en temps de paix.

L’équation budgétaire qu’on ne peut plus esquiver

Je suis libéral, et je le reste : je ne veux pas d’un État obèse qui dépense sans compter. Mais je distingue la dépense publique utile de la dépense publique gaspillée. La défense nationale, la vraie, celle qui protège les citoyens, les entreprises, les routes commerciales, est la première des dépenses utiles. Pas les agences inutiles, pas les doublons administratifs, pas les subventions à des filières sans avenir.

La France consacre aujourd’hui environ 2 % de son PIB à la défense. C’est le minimum syndical de l’OTAN. C’est insuffisant face à ce que nous voyons se dérouler à 100 jours de conflit dans le Golfe. Nos partenaires le savent. Nos adversaires aussi.

La question n’est plus de savoir si nous devons dépenser plus pour notre défense. La question est de savoir si nous en aurons encore les moyens quand nous nous y déciderons enfin.

Jean-Baptiste Giraud
Éditorialiste

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