Guerre en Ukraine : après l’opération Toile d’Araignée, la crainte d’une attaque nucléaire russe

La Russie est humiliée après l’opération Toile d’Araignée. Compte tenu de l’affront, la réponse inquiète les experts militaires. Ces derniers redoutent l’utilisation de la force nucléaire russe.

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Guerre en Ukraine : après l’opération Toile d’Araignée, la crainte d’une attaque nucléaire russe | Armees.com

Kiev a frappé un grand coup dans la guerre en Ukraine avec l’opération Toile d’Araignée. Mais désormais, l’OTAN craint une riposte de Moscou. Une attaque nucléaire russe est redoutée.


Une attaque nucléaire russe dans la guerre en Ukraine ?


Le 1er juin 2025, l’Ukraine a frappé fort et loin avec l’opération Toile d’Araignée. Cette attaque massive de drones a détruit plusieurs bombardiers stratégiques sur des bases aériennes situées à plus de 5 000 kilomètres de Kiev. Un coup de maître tactique aux conséquences incertaines. Depuis, la guerre en Ukraine semble avoir franchi un seuil inédit, et la possibilité d’une riposte nucléaire par la Russie, longtemps évoquée comme une hypothèse marginale, revient avec insistance selon plusieurs experts du domaine militaire.


Ce n’était pas une incursion ordinaire. L’opération Toile d’Araignée, conçue durant dix-huit mois par les services secrets ukrainiens (SBU), a mobilisé 117 drones, certains guidés par intelligence artificielle, pour frapper cinq bases militaires russes, dont celles de Belaya (Sibérie), Diaguilevo (Riazan) et Olenia (Mourmansk). Selon les chiffres communiqués par le SBU, « plus de 40 avions de combat et de reconnaissance » ont été détruits, parmi lesquels des bombardiers stratégiques Tu-95 et Tu-160, soit environ « 34 % des bombardiers russes capables de lancer des missiles de croisière ». Une perte estimée à plus de 7 milliards d’euros.


La réponse ne s’est pas fait attendre. Dès le 5 juin, la Russie a riposté en bombardant massivement l’Ukraine avec des drones et des missiles balistiques. Kiev a été touchée, avec au moins quatre morts et une vingtaine de blessés, selon les autorités locales. Mais ce qui inquiète désormais les stratèges, ce n’est pas tant la riposte immédiate que l’escalade possible. Car ce type d’opération ne peut être perçu à Moscou autrement que comme un défi direct à sa dissuasion nucléaire. Selon la chaîne Telegram « Dva Majora », proche du renseignement militaire russe, il s’agit d’un « Pearl Harbor de la Russie », une attaque qui « sape l’équilibre stratégique nucléaire » du pays.


Vladimir Poutine pourrait utiliser le feu nucléaire


Sur LCI, Thomas Friang, directeur exécutif de l’Institut Géopolitique et Business de l’ESSEC, estime que « la situation est bien plus grave que celle de la crise de Cuba », en soulignant que Vladimir Poutine agit, pour l’instant, comme un « régulateur du système ». Mais le régulateur peut-il rester maître du jeu indéfiniment ? Du côté russe, les signaux sont ambigus. Si le ministère de la Défense minimise officiellement les pertes, évoquant uniquement que « certains équipements d’aviation avaient pris feu », les voix plus radicales, sur les réseaux militaires ou dans les médias, réclament une réplique à la hauteur. Le journal Moskovsky Komsomolets appelle ainsi à agir avec la même « détermination et sévérité » qu’Israël contre le Hamas. Dans l’entourage de Vladimir Poutine, les radicaux estiment que l’attaque ukrainienne, appuyée par des technologies et des renseignements occidentaux, marque une rupture stratégique. La Russie, disent-ils, doit restaurer sa capacité de dissuasion, quitte à actionner le feu nucléaire.


L’ambassadeur russe au Royaume-Uni, Andrey Kelin, a accusé Londres de « complicité directe », estimant que « les actions britanniques pourraient mener à une troisième guerre mondiale ». Le spectre d’un recours au feu nucléaire n’est plus une fiction. Mais il faut distinguer la rhétorique de la doctrine. Le recours à l’arme nucléaire par Moscou demeure contraint par sa doctrine militaire, qui limite son usage aux situations de menace existentielle pour la Fédération de Russie. Pour certains analystes, cette doctrine pourrait être réinterprétée en fonction de la pression intérieure.


Surtout, l’effritement progressif des tabous internationaux et l’exaspération russe face à l’implication occidentale nourrissent la tentation d’une démonstration de force. Une frappe tactique, ciblée mais spectaculaire, pourrait devenir l’option « ultime » pour rétablir l’effet de dissuasion. Les conséquences seraient évidemment désastreuses.

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