Au croisement des enjeux de souveraineté stratégique, de modernisation des capacités aériennes et d’interopérabilité, un nom commence à s’imposer dans les discussions militaires européennes. Une silhouette discrète mais redoutablement efficace : celle du GlobalEye.
Le 18 juin 2025, la France annonce son intention de s’équiper du GlobalEye
La date du 18 juin 2025 marque un tournant pour l’Armée de l’Air et de l’Espace. À l’occasion du salon aéronautique de Paris-Le Bourget, le ministère des Armées a officialisé la signature d’une lettre d’intention visant l’acquisition de deux avions Saab GlobalEye, assortie d’une option pour deux appareils supplémentaires. Cette décision, lourde de signification stratégique, s’inscrit dans une dynamique de modernisation accélérée du renseignement aéroporté français.
Le GlobalEye viendra remplacer les quatre E-3F AWACS (Airborne Warning and Control System), en service depuis plus de trente ans, devenus techniquement dépassés et difficiles à maintenir. Les AWACS, bien que solides et fiables, peinent à répondre aux nouvelles exigences en matière de guerre électronique, de cybersécurité et de détection multi-domaine. Leur radar AN/APY-2, par exemple, tout performant qu’il soit, n’intègre pas les dernières avancées en matière de compression d’impulsions numériques ou de suivi de cibles multi-angle.
GlobalEye : un outil conçu pour dominer les champs de bataille de demain
Développé par Saab, le GlobalEye repose sur une cellule civile, le Bombardier Global 6000, transformée en plateforme militaire complète. Saab est une entreprise suédoise de défense et de haute technologie fondée en 1937, historiquement connue pour ses avions de chasse, dont le célèbre JAS 39 Gripen. Elle s’est progressivement imposée comme l’un des leaders européens dans le domaine des systèmes intégrés de surveillance, des capteurs multi-rôle et de la guerre électronique.
L’entreprise concentre aujourd’hui son expertise dans les domaines de la détection avancée, du renseignement embarqué et des solutions de commandement interopérables, ce qui lui confère une place stratégique sur le marché mondial des systèmes C4ISR (Commandement, Contrôle, Communications, Ordinateurs, Renseignement, Surveillance et Reconnaissance).
L’avion GlobalEye embarque le système Erieye ER, un radar AESA (antenne active) à nitrure de gallium offrant une portée supérieure à 600 kilomètres dans toutes les directions. Son efficacité est aussi redoutable en environnement contesté qu’en opérations asymétriques. Il est également équipé d’un radar maritime Leonardo SeaSpray 7500E et d’une boule électro-optique infrarouge.
Le GlobalEye n’est pas un simple radar volant. C’est une plateforme modulaire intégrant des capacités SIGINT(renseignement électromagnétique), d’identification ami/ennemi (IFF mode 5), de gestion de guerre électronique et de coordination interarmées. Sa polyvalence permet une surveillance aérienne, terrestre et maritime simultanée.
Son autonomie de vol dépasse les onze heures sans ravitaillement, et sa cabine pressurisée autorise des vols à haute altitude, au-dessus de nombreuses menaces. Il peut être opéré par un équipage restreint, mais hautement spécialisé. Des configurations de mission différentes peuvent être chargées selon l’environnement d’opération.

Un vecteur de souveraineté pour la France
Le choix français du GlobalEye repose sur des considérations techniques mais aussi politiques. Saab, en concluant cet accord avec la Direction générale de l’armement, s’engage à effectuer une partie des travaux de maintenance et de modification en France, notamment en coopération avec Sabena Technics. Cette localisation partielle de l’industrie renforce la base industrielle et technologique de défense (BITD) française, tout en réduisant la dépendance aux États-Unis, jusqu’alors fournisseurs des AWACS E-3F via Boeing.
La compatibilité avec les standards de l’OTAN a également pesé dans la décision. En optant pour le GlobalEye, la France rejoint un cercle restreint d’alliés européens, dont la Suède et bientôt peut-être le Danemark, la Finlande ou le Canada. Cette convergence technologique renforce la cohésion tactique européenne dans un contexte d’instabilité géopolitique grandissante.
Expériences opérationnelles du GlobalEye : une efficacité déjà éprouvée
Le GlobalEye a déjà été livré à cinq exemplaires aux Émirats arabes unis, qui l’ont déployé lors d’opérations de surveillance du Golfe et de la mer d’Arabie. Son efficacité à détecter des cibles maritimes comme des jet-skis, des embarcations rapides, ou des périscopes de sous-marins au-delà de 180 km a été confirmée sur le terrain. Le système a également démontré sa robustesse face aux brouillages électroniques, dans des environnements saturés de signaux.
En Suède, les deux premiers exemplaires entreront en service en 2027, intégrés à une doctrine interarmées modernisée. Les retours des forces opérant sur GlobalEye soulignent particulièrement la facilité de prise en main, la clarté des interfaces utilisateur et la fiabilité des liaisons de données multi-canaux.
Un contrat lourd d’enjeux pour l’avenir du renseignement aéroporté français
Les AWACS français sont encore aujourd’hui basés sur la Base aérienne 702 d’Avord, où ils assurent la surveillance de l’espace aérien, la posture permanente de sûreté et la coordination des opérations aériennes majeures. D’ici la mise en service complète des GlobalEye — prévue entre 2028 et 2030 —, la France devra gérer une phase de transition complexe, à la fois opérationnelle et industrielle.
Si l’on en croit les projections financières évoquées dans la presse suédoise, le contrat total pourrait s’élever à près de deux milliards d’euros, en incluant les avions, les équipements au sol, la formation, le soutien logistique, et la coopération industrielle. Il s’agit donc d’un investissement stratégique de long terme, porteur d’un changement de paradigme dans la gestion du renseignement aéroporté français.








