Le 18 juin 2025 à 23 h 01 (heure locale), la fusée Starship 36 de SpaceX a explosé au sol, sur le site de Starbase, lors d’un essai statique.
NOW – SpaceX Starship explodes during static fire test.pic.twitter.com/NrmpuDPHOE
— Disclose.tv (@disclosetv) June 19, 2025
Un échec technique aux conséquences potentiellement militaires
L’explosion est survenue lors d’un test de mise à feu statique, précédant ce qui devait être le dixième vol d’essai du Starship. Aucune victime n’est à déplorer.
L’engin, haut de 120 mètres, représente plus qu’un simple pari industriel. Depuis 2023, le Pentagone a conclu plusieurs accords avec SpaceX, notamment via sa branche Starshield, pour le déploiement de satellites de surveillance, de communications cryptées et de missions à visée orbitale sécurisée.
Une dépendance croissante du complexe militaro-industriel
Starship est censée offrir une capacité de lancement sans précédent : plus de 100 tonnes de charge utile, une réutilisabilité partielle, et la possibilité d’assurer des missions à très courte échéance depuis des bases modulables.
Or, malgré ses promesses, le programme Starship accumule les revers. Trois explosions ont eu lieu depuis janvier 2025, et plusieurs tentatives de retour atmosphérique se sont soldées par une désintégration partielle ou totale du lanceur. La répétition des échecs publics pourrait, à terme, compromettre les ambitions militaires placées dans la fusée.
Starship : une prouesse technique encore instable
Le Starship représente une rupture radicale dans l’ingénierie aérospatiale. Conçu pour être entièrement réutilisable, ce lanceur repose sur deux étages : un booster « Super Heavy », destiné à propulser l’ensemble hors de l’atmosphère terrestre, et un second étage, le vaisseau Starship lui-même, destiné à naviguer dans l’espace, se poser, puis redécoller.
Ce système est propulsé par les moteurs Raptor, alimentés par du méthane liquide et de l’oxygène liquide. Ce choix permet de limiter les dépôts de suie, facilite la réutilisation et anticipe un ravitaillement autonome sur Mars, où du méthane peut être synthétisé in situ.
Par ailleurs, Starship ambitionne une capacité d’emport de plus de 100 tonnes en orbite basse, bien au-delà des performances du Falcon 9 ou même du Falcon Heavy. Le vaisseau est également conçu pour se poser à la verticale sur Terre ou sur un sol extraterrestre, en freinant par des manœuvres aérodynamiques inédites.
Pourtant, ces innovations se heurtent à une série d’obstacles majeurs :
- les moteurs Raptor, bien que puissants, restent sujets à des vibrations et instabilités au démarrage ;
- la réentrée atmosphérique, mal maîtrisée à ce stade, provoque des surchauffes critiques ;
- les essais au sol, comme celui du 18 juin, révèlent encore des failles structurelles dans les conduites cryogéniques ou les valves de pressurisation.
Autrement dit, la complexité du système — qui vise à fusionner les fonctions de transport orbital, d’alunissage et d’exploration martienne — crée une fragilité inhérente à son ambition. Les explosions ne traduisent pas un simple défaut, mais les limites actuelles d’un concept ultra-novateur encore en phase de validation technique.
SpaceX et la logique du risque technologique assumé
L’entreprise californienne affirme que ces tests sont nécessaires pour accélérer la mise au point du système. Cette stratégie, appelée « fail fast, learn faster », séduit dans les milieux de l’innovation mais inquiète certains stratèges militaires.
Le problème, pour les armées, est que cette logique expérimentale entre parfois en collision avec les exigences de continuité opérationnelle.
Vers une diversification des opérateurs ?
La Federal Aviation Administration a récemment porté de 5 à 25 le nombre d’autorisations annuelles de vol pour Starbase, signe d’un soutien institutionnel fort. Mais cette dynamique pourrait s’inverser si le programme Starship accumule les désillusions. Le risque de concentration capacitaire sur un acteur privé unique devient un sujet de débat au sein du Congrès américain.
Dans un contexte géopolitique tendu, où la maîtrise de l’espace est perçue comme un levier de souveraineté, les États-Unis pourraient être contraints de revoir leur stratégie spatiale militaire.








