Un récit inédit sur le 1er RPIMa signé par l’un de ses hommes : dans Histoire du 1er RPIMa, publié chez Mareuil Éditions, le lieutenant-colonel (er) Rémi Bernier retrace pour la première fois, de l’intérieur, l’épopée de ce prestigieux régiment des forces spéciales. Véritable trésor pour les passionnés d’histoire militaire, cet ouvrage s’appuie sur de nombreux témoignages d’anciens pour raconter l’évolution du 1er RPIMa, jusqu’à ses engagements les plus récents. À travers ce livre, l’auteur entend faire comprendre l’exceptionnelle trajectoire de cette unité d’élite de l’armée de Terre, tout en rendant un hommage appuyé à ses frères d’armes, blessés et disparus — les « SAS de la Citadelle ».
Le capitaine Georges Bergé aux origines du 1er RPIMa
La riche histoire du 1er RPIMa est le fruit d’un double héritage, d’abord celui des SAS français (Special Air Service), puis celui des parachutistes coloniaux.
C’est en septembre 1940, à Stephen House, le poste de commandement (PC) du général de Gaulle à Londres, que le capitaine Georges Bergé, officier d’infanterie, expose devant le capitaine Dewavrin, futur colonel Passy et chef du Bureau central de renseignement et d’action (BCRA), son projet de créer une « troupe aéroportée ».
Ayant rédigé, à la demande de ce dernier, une fiche devant impérativement tenir sur une seule page, le capitaine Bergé obtient rapidement une réponse du général de Gaulle avec la mention : « D’accord ».
Fort de ce premier succès, le capitaine Bergé finit par s’entretenir avec le vice-amiral Muselier, lequel entérine la création d’une « compagnie d’infanterie de l’air » à compter du 15 septembre 1940.
Londres, 1940 : l’ acte de naissance
L’ordre général n° 765, qui officialise l’existence de cette compagnie, est signé de la main du vice-amiral Muselier, commandant des Forces aériennes de la France libre, le 29 septembre 1940. Tout reste à accomplir. À commencer par le recrutement…
L’origine de ces soldats, le plus souvent des fantassins, est disparate, mais l’envie commune d’en découdre face aux Allemands les soude rapidement. Ce sont des « forts en gueule » au caractère bien trempé, le plus souvent des évadés avec à leur palmarès des aventures rocambolesques à raconter. Craignant l’infiltration d’espions à la solde des Allemands, les Anglais s’en méfient, surtout au début.
Le « training » des durs à cuire de la France libre
Rapidement, ces volontaires français découvrent la teneur et la dureté du « training », toujours humide en Angleterre : marches interminables en terrains variés, parcours d’escalade, pose d’explosifs sur tous types d’objectifs, cours de sabotage, tirs, maniement d’armes ou de couteau, le tout agrémenté d’une dose conséquente de close-combat.
Cette formation intense n’entame pas le moral de tous ces hommes ralliés à la France libre. Ils espèrent simplement qu’ils ne subiront pas en vain cet entraînement.
Ringway : saut vers l’inconnu
Ils sont impatients d’aller au combat. Mais auparavant, il leur faut obtenir ce fameux brevet parachutiste à Ringway, près de Manchester. L’Air Ministry vient d’y créer une école pour y dispenser l’instruction parachutiste des agents spéciaux et unités spéciales de la RAF. C’est la Central Landing School. Parvenu à ce stade de la formation, la principale source d’inquiétude du capitaine Bergé est de savoir quel sera l’emploi précis de sa nouvelle unité parachutiste. Pour le 2e bureau des Forces aériennes françaises libres, il pourrait s’agir d’un embryon d’une force populaire de résistance, et pour le BCRA, de propagandistes, d’agents de liaison ou de saboteurs.
Le capitaine Bergé imagine, quant à lui, un emploi similaire à celui des corps francs de cette époque, à savoir des fantassins en uniforme agissant en petit nombre sur les arrières de l’ennemi pour renseigner, harceler et désorganiser.
Savannah et Joséphine B : baptême du feu en France occupée
Viennent alors les premières mises à l’épreuve opérationnelles en situation de guerre et en France occupée : les opérations « Savannah » en Bretagne et « Joséphine B » en Gironde, respectivement en mars et avril 1941, qui permettront de tirer de riches enseignements sur l’emploi possible de cette compagnie d’infanterie de l’air (CIA) fraîchement créée. L’action, le renseignement et la guérilla semblent prévaloir, et une spécialisation du personnel est désormais indispensable.
D’autre part, un deuxième détachement d’une cinquantaine d’hommes, toujours commandé par le capitaine Bergé, est envoyé au Levant. Après une période d’incertitude et surtout de non-emploi, la 1re CIA rejoint finalement le centre d’entraînement des parachutistes britanniques stationné à Kabret, en Égypte, en décembre 1941. Depuis février 1941, deux divisions allemandes formant l’Afrika Korps, commandées par le général Erwin Rommel, viennent d’être déployées en Libye. C’est là, au bord du Nil, qu’est scellé l’avenir des futurs SAS français par la rencontre avec une unité britannique fraîchement créée. Un détail peu connu mérite d’être souligné. Côté britannique, c’est l’Intelligence Service qui a l’idée de créer une unité factice nommée « Special Air Service », uniquement pour tromper les Allemands.
Cette unité doit donner l’impression d’agir sur les arrières des troupes de l’Axe avec, par exemple, l’existence de faux planeurs placés sur les aérodromes et destinés à leurrer les observateurs de la Luftwaffe.
David Stirling, l’allié écossais inattendu
En juillet 1941, l’arrivée du capitaine écossais de l’armée de Terre Archibald David Stirling, 26 ans, peu conformiste et jouissant déjà d’une sulfureuse réputation dans son armée, change la donne sur ce théâtre d’opérations ; il finit par persuader ses chefs de créer une unité parachutiste capable d’agir sur les arrières de l’ennemi, le long des côtes de Tripoli, en Libye. Il est aussitôt désigné capitaine du détachement « L » en remplacement de l’unité factice initiale, et il s’approprie tout simplement le sigle « SAS ». Tout comme Bergé, il doit s’atteler à créer entièrement son unité. Le 1er janvier 1942, le général de Gaulle accepte que le capitaine Bergé et ses hommes soient subordonnés opérationnellement à cette nouvelle unité britannique.
Archibald David Stirling, du clan Lovat par sa mère, racontera plus tard que ses origines écossaises auraient facilité l’acceptation de cette subordination par le général de Gaulle. Il faut effectivement se souvenir que les princes écossais ont été pendant plusieurs siècles les vassaux des rois de France et que la garde écossaise était un corps militaire d’élite constituant le plus souvent l’ossature de leur propre garde royale et personnelle. Bon nombre d’Écossais ont donné leur vie au cours de batailles menées par les rois de France.
Les cinquante hommes de la 1re CIA, déjà formés, arrivent à point nommé pour Stirling. Ils rejoignent aussitôt la SAS Brigade composée alors de deux petits squadrons de cinquante hommes environ. Le 3e serait alors entièrement français. Bergé et Stirling ont rapidement la même vision quant au futur emploi de cette unité parachutiste, à vocation « spéciale ».
Hit and run ou la naissance de l’esprit SAS
Cette conception d’emploi « SAS » peut être résumée ainsi en anglais : « hit and run », frapper et s’esquiver. Frapper l’ennemi là où il s’y attend le moins, le plus souvent par petits groupes infiltrés au cœur de son dispositif. Frapper avec audace, souplesse, en faisant preuve d’une grande mobilité. Frapper le plus souvent par surprise, avec le plus de force et de précision possible, puis s’esquiver tout de suite après.
La Brigade SAS doit constituer une troupe sélectionnée, aguerrie, complète. Chacun de ses membres doit être capable d’initiatives personnelles rapides, surtout en cas de défection d’un camarade, voire du chef. Il doit surtout être capable d’obéir intelligemment aux ordres reçus, d’innover tout en conservant une indispensable rusticité. C’est ce que l’on appellera « l’esprit SAS », ou « la recherche incessante de la perfection » pour reprendre la célèbre formule de David Stirling lui-même.

Pour comprendre la diversité du recrutement des hommes de troupe du French SAS et des cadres sélectionnés, il faut imaginer que c’est avant tout la calamiteuse situation de l’armée française en 1940 qui en est la cause : refuser la défaite de juin 1940, n’accepter ni l’armistice ni la compromission avec l’occupant. Un seul objectif : rejoindre l’Angleterre et le général de Gaulle par tous les moyens, afin de reprendre les armes au plus vite et se battre à n’importe quel prix. Peu importe la subordination initiale aux forces aériennes, le principal objectif est de retrouver une structure de combat efficace, capable de se battre sur un front.
Du désert aux Champs-Élysées
Notons que la mention « SAS » dans l’appellation de l’unité n’apparaît que tardivement, en 1944 : 4e bataillon d’infanterie de l’air-SAS (4e BIA-SAS), puis 2e RCP-SAS, la renommée de cet acronyme étant largement établie par de multiples faits d’armes en Afrique du Nord et en France.
Le 11 novembre 1944, à Paris, les commandos du 2e régiment de chasseurs parachutistes (2e RCP) recevront la croix de la Libération des mains du général de Gaulle. Pour la première fois, ce jeune régiment qui ne porte le béret amarante que depuis septembre 1944 défile sur les Champs-Élysées avec, cette fois-ci, l’insigne SAS en tissu fièrement cousu sur celui-ci. Ce même insigne sera repris par le 1er RPIMa en 2017.
Avant de poursuivre sur la filiation avec les parachutistes coloniaux, il est important de bien comprendre les différentes subordinations de ces unités et les changements d’appellation qui en ont découlé. En juillet 1941, lors de l’expédition au Moyen-Orient, l’unité est brièvement subordonnée à l’armée de Terre française sous le nom de 1re compagnie parachutiste. En septembre 1941, elle prend l’appellation de Peloton parachutiste du Levant, puis un mois plus tard réintègre les Forces aériennes de la France libre sur le plan organique jusqu’à la fin de la guerre.
Le 2 janvier 1942, la 1re compagnie de chasseurs parachutistes rejoint la SAS Brigade. L’unité prend le nom de « SAS Free French Squadron ». C’est finalement le 1er août 1945 que les 3e et 4e Régiments SAS (pour les Français : 3e et 2e RCP), passent définitivement sous la tutelle de l’armée de Terre.
Un béret, un drapeau, une mémoire
Ces unités vont alors fusionner pour former un 2e RCP unique, prenant garnison dans un premier temps à Tarbes. C’est d’ailleurs dans cette ville, le 2 octobre 1945, que le général britannique James Calvert vient passer en revue pour la dernière fois ses French SAS. Il remet leur fanion au 2e et au 3e RCP. En outre, et en reconnaissance de cette fraternité d’armes qui s’est forgée tout au long de ces dures années de combat, il leur remet également deux symboles aujourd’hui placés dans la salle d’honneur du 1er RPIMa : au 2e RCP un chapeau bicorne en feutre gris avec cocarde ayant appartenu à Napoléon, au 3e RCP une coiffe avec des plumes, portée par le duc de Wellington qui avait organisé le blocus de Bayonne en 1814.
Environ vingt chapeaux – authentifiés – de l’empereur sont répertoriés dans le monde, soit dans des musées soit chez des particuliers. Celui détenu par le 1er RPIMa a été récupéré le 18 juin 1815 dans la tente de Napoléon par un capitaine anglais. Il a été longtemps conservé au sein d’une même famille. Lady Astor, la première femme à siéger au Parlement britannique, a tenu au nom de cette nation à s’en séparer pour honorer le courage des SAS français engagés au côté de leurs frères d’armes britanniques durant la Seconde Guerre mondiale.
Ce 2e RCP-SAS est l’unité hors marine la plus décorée lors de la Seconde Guerre mondiale. Son drapeau porte dans ses plis les inscriptions suivantes, peintes en lettres d’or : « Crète 1942 ; Libye 1942 ; Sud-Tunisien 1943 ; France 1944-1945 ; Ardennes belges 1945 ; Hollande 1945 », ainsi que les décorations et attributs suivants : fourragère Légion d’honneur ; Croix de compagnon de la Libération ; Croix de guerre 1939-1945, avec six palmes.
En janvier 1946, un premier bataillon SAS puis bientôt un deuxième sont mis sur pied au sein du 2e Régiment de chasseurs parachutistes (RCP). Rappelons-nous que cette unité est toujours rattachée à l’infanterie métropolitaine. Ces deux bataillons opèrent en Indochine et sont regroupés au sein de la demi-brigade SAS, en juillet 1946.
Le 2e RCP est finalement dissous administrativement un an plus tard, le 30 septembre 1946. À partir de ce moment-là, la dénomination « SAS » correspond à une appellation de tradition ou évoque l’organisation opérationnelle de l’unité (combat de type commando).
Un nouveau 2e RCP est immédiatement recréé. Il conserve le drapeau du 2e RCP-SAS, ainsi que le port du béret amarante. Puis une nouvelle fois dissous, ses effectifs sont ventilés entre le 1er RCP et le 1er régiment d’infanterie de choc aéroporté (1er RICAP).
La Citadelle de Bayonne
Précisons que le colonel Sir David Stirling s’est rendu au moins une fois à la Citadelle de Bayonne en compagnie du général Bergé, le 29 octobre 1985. Ce dernier tenait à lui faire rencontrer « les héritiers français » qui conservaient le drapeau des SAS. À cette occasion, une prise d’armes fut organisée avec une remise de fourragères, ainsi qu’une remise de décorations.








