Flotte fantôme russe : le pétrolier Boracay intercepté au large de Saint-Nazaire

Après l’interception du pétrolier Boracay, lié à la flotte fantôme russe, au large de Saint-Nazaire, le parquet de Brest a déclenché une enquête. La présence de ce navire soulève de vives inquiétudes sur la sécurité maritime et la Défense face aux manœuvres opaques de Moscou, notamment le survol par des drones non identifiés de plusieurs aéroports danois.

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Flotte fantôme russe : le pétrolier Boracay intercepté au large de Saint-Nazaire © Armees.com

Le 28 septembre 2025, un pétrolier sous sanctions, le Boracay, a été repéré au large de Saint-Nazaire. Soupçonné d’appartenir à la flotte fantôme russe, il fait désormais l’objet d’une enquête ouverte par le parquet de Brest.

Un pétrolier de la flotte fantôme russe intercepté et placé sous enquête judiciaire

Le Boracay, battant pavillon du Bénin, a attiré l’attention des autorités françaises par son comportement suspect. Arrivé dans la zone du parc éolien offshore de Saint-Nazaire le 28 septembre vers 17 heures, il a multiplié des manœuvres en ronds dans l’eau, frôlant les eaux territoriales françaises, relate Ouest-France. L’équipage n’a pas été en mesure de présenter la preuve formelle de la nationalité du navire, et plusieurs injonctions des autorités maritimes françaises sont restées sans réponse.

Face à ces anomalies, la Marine nationale a confirmé avoir saisi la justice. « Suite à une présomption d’infraction du navire Boracay, un signalement a été effectué vers le parquet territorialement compétent, celui de Brest. Une enquête est en cours », a indiqué un porte-parole de la marine.

Un navire lié à la flotte fantôme russe et à des sanctions internationales

Construit en 2007, le Boracay a déjà changé d’identité à plusieurs reprises : anciennement nommé Kiwala, il a été rebaptisé en décembre 2024 et apparaît parfois sous le nom de Pushpa, selon Ukrinform. Cette pratique de renommage multiple est typique des unités de la flotte fantôme russe, un ensemble de navires vieillissants aux propriétaires opaques que la Russie utilise pour contourner les sanctions internationales sur son pétrole. L’Union européenne estime que cette flotte représente environ 17 % de la flotte mondiale de pétroliers.

Le Boracay est ciblé par des sanctions britanniques depuis octobre 2024 et par l’Union européenne depuis février 2025. Londres lui reproche des « activités visant à déstabiliser l’Ukraine ou de soutenir le gouvernement russe », tandis que Bruxelles évoque le recours à « des méthodes de navigation irrégulières et à haut risque », relaye Zonebourse. Le navire avait déjà été retenu par les autorités estoniennes pour absence de pavillon valide, un précédent révélateur de son statut trouble. Pour les experts de la sécurité maritime, il s’agit d’un outil essentiel dans l’économie parallèle du pétrole russe.

Une base de lancement pour les drones russes en Europe ?

Selon les données de suivi maritime, le Boracay avait quitté le port russe de Primorsk le 20 septembre, avant de traverser la mer Baltique, de contourner le Danemark, puis de longer la mer du Nord et la Manche pour rejoindre l’Atlantique. Durant une partie du trajet, il a été suivi par un navire de guerre français, preuve de l’attention particulière que suscite ce type de bâtiment.

Cet itinéraire alimente les inquiétudes sécuritaires. Plusieurs survols de drones ont été rapportées récemment au Danemark, et même si aucun lien direct n’a été établi avec le Boracay, sa présence dans ces zones stratégiques interroge. La proximité avec le parc éolien de Saint-Nazaire, mais également avec les chantiers navals de la ville, soulève aussi des questions de sécurité énergétique et de renseignement.

Pour les services de renseignement et la Défense, la flotte fantôme russe constitue une menace hybride. Ces navires, difficilement traçables et peu contrôlés, pourraient servir de plateformes pour des activités clandestines, allant du transport de cargaisons interdites à des missions de surveillance maritime. Dans un contexte de guerre en Ukraine, leur présence au large des côtes européennes est perçue comme une menace directe émanant de la Russie.

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