Le 28 septembre 2025, un rapport classifié du renseignement américain a révélé des éléments concrets sur la préparation chinoise en vue d’une possible invasion de Taïwan. Dans un contexte de rivalité accrue en Asie, les services de renseignement estiment que l’Armée populaire de libération (APL) doit être capable d’agir d’ici 2027. Pékin continue pourtant d’affirmer que la réunification reste un objectif politique, tandis que Washington et ses alliés multiplient les mises en garde.
Les ferries et barges au cœur des préparatifs chinois
Les États-Unis ont confirmé que la Chine construit rapidement une flotte de ferries commerciaux dotés de rampes renforcées, capables de transporter chars et blindés lors d’opérations amphibies. Selon ABC News, qui a pu consulter des documents classifiés du renseignement américain, environ 30 ferries avaient déjà été observés en 2022 lors d’exercices militaires aux côtés de l’APL. Le Center for Strategic and International Studies estime que Pékin prévoit d’en mettre en service plus de 70 d’ici fin 2026.
Un rapport de Naval News publié en janvier 2025 avait par ailleurs identifié la construction de barges spéciales, équipées de ponts de type « Bailey », permettant de débarquer des blindés sur des côtes non aménagées. Ces systèmes élargiraient considérablement les options chinoises en cas de conflit, en contournant les ports taïwanais lourdement fortifiés. « La Chine construit sans aucun doute des capacités compatibles avec la préparation d’une invasion de Taïwan », a déclaré James Corera de l’Australian Strategic Policy Institute cité par ABC News.
Les signaux d’alerte du renseignement américain et allié
Le renseignement américain a fixé à 2027 l’échéance pour laquelle Xi Jinping exigerait que l’APL soit prête à envahir Taïwan. Dans la même lignée, le secrétaire à la Guerre américain Pete Hegseth a insisté le 31 mai 2025 sur la gravité de la situation : « la menace que la Chine représente est réelle, et pourrait être imminente », a-t-il affirmé selon Reuters.
Taïwan partage les mêmes inquiétudes. À Washington, le ministre taïwanais chargé des relations avec la Chine, Chiu Chui-cheng, a averti : « la Chine se prépare activement à la guerre ». Il a également prévenu qu’une chute de l’île provoquerait un « effet domino » déstabilisant toute la région indo-pacifique selon Reuters. Ces avertissements s’accompagnent de signaux hybrides. Douglas Hsu, représentant de Taïwan en Australie, observe « une augmentation des tactiques de zone grise… comme les cyberattaques », relaye ABC News.
La coopération russo-chinoise et les limites d’une invasion
Les révélations d’Associated Press fin septembre 2025 évoquent des documents selon lesquels Moscou fournirait à Pékin des équipements aéroportés et amphibies pour plus de 210 millions de dollars. Cette aide pourrait, selon des experts cités, accélérer la préparation militaire chinoise de 10 à 15 ans, renforçant la perspective d’une opération contre Taïwan.
Toutefois, des analystes tempèrent ce tableau. Le Stimson Center rappelle que, malgré ces capacités nouvelles, une invasion complète de Taïwan resterait l’une des opérations les plus complexes de l’histoire militaire moderne. Les risques d’escalade nucléaire, les coûts économiques colossaux et les tensions politiques internes en Chine représentent des freins majeurs. Comme le souligne Hu Bo, professeur à l’Université de Pékin, « se préparer ne signifie pas forcément avoir l’intention ».








