Dix ans après son lancement, l’Eurodrone n’a toujours pas décollé. Pensé pour affranchir l’Europe des drones américains, ce programme ambitieux s’est embourbé dans les retards. Que révèle cette attente interminable sur la capacité de l’Europe à assurer seule sa défense aérienne ?
En 2013, la France se voyait contrainte de se tourner vers les Reaper américains pour combler un vide capacitaire dans ses opérations aériennes. Dès 2015, l’Europe ripostait avec une ambition propre : créer un drone MALE (Moyenne Altitude Longue Endurance) conçu par et pour les Européens. Ainsi naissait l’Eurodrone, sous l’égide d’Airbus, Dassault Aviation et Leonardo. Mais alors qu’il devait entrer en service en 2020, l’appareil n’est désormais pas attendu avant… 2032.
Ce programme, dont le pilotage industriel est confié à l’OCCAR (Organisation conjointe de coopération en matière d’armement), a pourtant été validé par quatre grandes armées européennes : la France, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne. Chacun de ces États attend plusieurs systèmes complets — 4 pour la France, 7 pour l’Allemagne, 5 pour l’Italie, 4 pour l’Espagne — pour un total de 60 drones environ. Ce sont donc les armées elles-mêmes qui, dix ans plus tard, attendent encore le fruit de leur investissement collectif de 7,5 milliards d’euros.
Eurodrone : un bijou de technologie… qui n’a toujours pas décollé
Long de 16 mètres, large de 30, l’Eurodrone est censé incarner la prochaine génération de drone stratégique. Conçu pour voler au-dessus de 13 000 mètres d’altitude pendant plus de 30 heures d’affilée, il peut transporter jusqu’à 2 300 kilos de capteurs ou d’armements, tout en maintenant une liaison satellite avec son centre de commandement. Deux turbopropulseurs Catalyst — produits par GE à Turin — assurent sa propulsion, répondant ainsi à une exigence allemande de redondance moteur.
Ce choix technologique, loin d’être anodin, a contribué aux retards du programme. L’Allemagne, préoccupée par la sécurité et la capacité à opérer en milieu civil, a imposé plusieurs modifications coûteuses, au grand agacement de certains partenaires. D’autant que la France, en parallèle, militait pour un système plus léger et plus rapidement livrable, adapté à ses engagements au Sahel ou au Levant.
La divergence des priorités nationales a accentué la lenteur de la conception. Le Preliminary Design Review (PDR), étape clé pour figer l’architecture générale, n’a été validé qu’en mai 2024. Airbus a confirmé cette avancée par communiqué, en saluant un « jalon décisif ». Il faudra désormais attendre la revue critique — Critical Design Review — prévue fin 2025, avant même d’imaginer un premier vol d’essai.

Le Bourget l’expose, mais l’Eurodrone attend toujours son envol
Au Salon du Bourget de juin 2025, l’Eurodrone était bien exposé. Maquette à l’échelle, infographies, animations 3D : tout était fait pour rappeler que le programme est bien vivant, malgré ses lenteurs. Mais derrière les discours policés, une forme d’impatience émerge. Le drone reste un projet à long terme dans un monde qui n’attend plus. La guerre est revenue sur le continent européen depuis février 2022, la suprématie aérienne est redevenue une priorité, et l’Ukraine a démontré le rôle central des drones, petits et grands, dans les conflits contemporains.
Pendant ce temps, les Reaper américains — ces mêmes drones que l’Eurodrone était censé remplacer — continuent de voler pour les forces françaises et allemandes. Mieux, des modèles plus compacts, moins coûteux, comme les Bayraktar turcs ou les drones kamikazes iraniens, bouleversent l’équilibre de la guerre aérienne. Et l’Eurodrone, lui, n’est encore qu’un concept technologique.
Changement de doctrine : la guerre par les drones ne fait que commencer
Si l’Eurodrone continue d’exister, c’est aussi parce qu’il incarne une vision stratégique à long terme. Un drone à grande endurance, intégrable à l’espace aérien civil, interopérable avec des systèmes européens, et capable de missions ISR (Intelligence, Surveillance, Reconnaissance) comme d’actions offensives avec précision. Airbus le défend comme un jalon pour l’avenir, un programme qui dépassera la simple logique tactique pour poser les bases d’un véritable standard européen.
Mais cette ambition a un prix. En plus des retards, l’Eurodrone souffre d’un manque d’agilité industrielle. Le programme démontre à quel point une coopération militaire européenne reste difficile à synchroniser. À l’heure où les conflits évoluent rapidement, le modèle d’une armée adaptable, réactive, dotée d’outils légers et peu coûteux, semble prendre l’avantage.









L’Eurodrone est un piège à milliards qui va donner naissance (?) à un monstre lourd, très cher et invendable, ITAR full jail. Les allemands veulent deux moteurs par sécurité mais se contenteront d’un seul moteur pour leur F-35. Une fois qu’on sera au bout de l’impasse, qu’on aura enrichi les industriels allemands, on se retournera vers les USA pour un matériel moins couteux car on n’aura plus un rond pour un autre drone européen. On prend le même chemin avec le SCAF. Il faut arrêter la coopération avec les allemands. C’est de l’argent gaspillé pour augmenter facilement et artificiellement le taux du PIB consacré à la défense.