Moins de deux ans après une rupture spectaculaire, la France et le Tchad ouvrent une nouvelle phase de leur relation militaire. Paris et N’Djamena ont signé une lettre d’intention consacrée aux capacités de Défense. La démarche ne signifie pas le rétablissement du dispositif français qui existait auparavant au Tchad. Elle repose sur une coopération plus ciblée. Formation, expertise, technologies et industrie figurent parmi les domaines envisagés, alors que l’environnement sécuritaire régional demeure particulièrement instable.
Une reprise calibrée après la rupture de 2024
La relation militaire entre la France et le Tchad entre dans une nouvelle phase. Le 13 octobre 2026, à l’occasion de la visite à Paris du président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno, la ministre française des Armées Catherine Vautrin et son homologue tchadien Issakha Malloua Djamouss ont signé une lettre d’intention. Le ministère des Armées précise que celle-ci concerne la coopération en matière de capacités de Défense et doit notamment favoriser le développement des forces tchadiennes dans des secteurs considérés comme innovants. Selon Le Monde, cette nouvelle architecture doit couvrir plusieurs volets, dont la formation, l’expertise, l’industrie et les technologies. Aucun retour à l’ancien modèle militaire français n’a toutefois été annoncé. Il n’est notamment pas question, à ce stade, de reconstituer les bases permanentes et le dispositif de près d’un millier de militaires qui existait avant la crise diplomatique. Paris privilégie désormais une présence plus limitée et des missions correspondant à des demandes précises de N’Djamena.
Ce rapprochement intervient après une séquence particulièrement rapide. Le Tchad avait annoncé, le 28 novembre 2024, qu’il mettait fin à son accord de coopération militaire avec la France. Cette décision avait constitué un tournant majeur pour Paris en Afrique. Après les retraits du Mali, du Burkina Faso et du Niger, le Tchad restait alors l’un des principaux points d’appui français dans la région. Les militaires français avaient ensuite quitté leurs implantations tchadiennes au début de l’année 2025. La base Sergent-chef Adji Kosseï de N’Djamena avait notamment été restituée aux autorités locales. Cette rupture n’avait cependant pas entraîné la disparition de tous les échanges entre les deux pays. La source à l’origine de cette synthèse, Zone Militaire/Opex360, souligne que certains contacts auraient progressivement repris, notamment dans la formation et le renseignement. Le Monde rapporte de son côté que la coopération dans le renseignement n’aurait jamais totalement cessé et que des actions de formation auraient été relancées en 2026. La lettre d’intention signée à Paris donne désormais un cadre politique beaucoup plus visible à ce rapprochement.
Le Tchad cherche des capacités, la France un partenariat plus discret
Le contexte régional contribue largement à expliquer ce changement. Le Tchad se trouve au centre d’un environnement stratégique dégradé. À l’est, la guerre au Soudan exerce une pression considérable sur le pays. Les combats ont provoqué un afflux massif de populations vers le territoire tchadien. Selon les données du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés reprises par FEWS NET, 942 954 réfugiés soudanais avaient rejoint le Tchad depuis le début de la crise au 16 août 2026, auxquels s’ajoutaient plus de 400 000 ressortissants tchadiens revenus du Soudan. Les provinces orientales d’Ouaddaï, du Wadi Fira, du Sila ou encore de l’Ennedi Est supportent une part importante de cette pression. Dans le même temps, la région du lac Tchad continue d’être confrontée aux activités de groupes armés jihadistes. N’Djamena doit donc surveiller plusieurs zones sensibles tout en renforçant les capacités opérationnelles de ses forces. Dans ce contexte, les besoins en renseignement, surveillance, formation, transport et équipements prennent une importance croissante.
Le rapprochement avec Paris ne signifie pourtant pas que le Tchad souhaite revenir à une relation exclusive avec la France. Depuis plusieurs années, N’Djamena diversifie ses partenariats militaires et diplomatiques. La Turquie, les Émirats arabes unis ou encore la Russie ont gagné en visibilité dans la région. Le nouveau partenariat franco-tchadien semble donc s’inscrire dans une logique différente de celle qui prévalait autrefois. Il s’agit davantage pour Paris de proposer des capacités, de l’expertise et des coopérations ciblées que de maintenir une importante présence militaire permanente. Pour le Tchad, cette formule permet également de conserver une plus grande maîtrise politique de la coopération. Lors de sa visite à Paris, Mahamat Idriss Déby Itno a d’ailleurs abordé avec Emmanuel Macron des dossiers dépassant la seule Défense. La coopération économique, les investissements et les crises régionales figuraient également à l’agenda, selon les informations publiées par les médias tchadiens et Le Monde. Le partenariat militaire apparaît ainsi comme l’un des éléments d’un rapprochement bilatéral plus large.
La lettre d’intention constitue donc davantage un point de départ qu’un nouvel accord militaire comparable à ceux du passé. Plusieurs questions restent ouvertes. Le volume des personnels français susceptibles d’intervenir au Tchad n’est pas officiellement précisé. La liste des équipements concernés ne l’est pas davantage. Le Monde rapporte que des réflexions existent autour de moyens aériens et de matériels destinés aux forces tchadiennes, mais aucune annonce définitive n’accompagne pour l’instant le texte signé à Paris. Ce qui se dessine est surtout un changement de méthode. Après des décennies marquées par des bases françaises et des forces prépositionnées importantes, la coopération de Défense avec le Tchad pourrait désormais fonctionner par missions de formation, expertise technique, soutien capacitaire et partenariats industriels. Pour Paris comme pour N’Djamena, l’enjeu sera de démontrer que cette nouvelle formule peut répondre aux risques sécuritaires sans reproduire le modèle qui avait conduit à la rupture de 2024.








