Le 11 septembre 2024, au large de la Crimée, une unité spéciale ukrainienne a mené la première attaque jamais documentée par drones FPV (First Person View) lancés depuis des bateaux en pleine mer. Les images, restées confidentielles jusqu’au 29 juillet 2025, ont été diffusées par l’agence de renseignement militaire ukrainienne.
Drones FPV en mer : une première offensive révélée dix mois plus tard
C’est une opération restée dans l’ombre. Ce n’est que le 29 juillet 2025 que le service de renseignement militaire ukrainien (Direction principale du renseignement, HUR) publie une vidéo inédite sur Telegram. Le document montre des drones FPV (des appareils agiles, explosifs, guidés à distance) décollant depuis des bateaux ukrainiens en pleine mer Noire.
L’événement, daté précisément du 11 septembre 2024, s’est déroulé au large de la Crimée, sur la plateforme gazière Petro Hodovanets, précédemment occupée et militarisée par la Russie. Le Raven Group, une unité d’élite intégrée à la formation spéciale TIMUR (elle-même dépendant du HUR), a conduit cette attaque.
Selon les éléments confirmés par Ukrainska Pravda, ces drones FPV ont ciblé des positions russes retranchées sur la plateforme, provoquant des pertes humaines et matérielles, bien que leur ampleur ne soit pas précisée. Cette infrastructure, également connue sous le nom de « Crimea-2 », est un ancien site d’extraction saisi par la Russie en 2014. Elle est capable d’héberger jusqu’à 120 personnes et peut fonctionner sans assistance extérieure pendant 30 jours.
Un chasseur russe Su-30SM détruit : confirmation d’une frappe d’envergure
Officiellement désignée comme infrastructure énergétique, la plateforme Petro Hodovanets a été transformée en poste d’observation et de logistique militaire depuis l’occupation de la Crimée par Moscou. L’Ukraine affirme avoir repris le contrôle de cette structure dès septembre 2023. Mais les images diffusées dix mois plus tard confirment une présence militaire russe persistante sur le site à l’automne 2024.
L’attaque documentée illustre une mutation des tactiques navales ukrainiennes, jusque-là dominées par l’utilisation de drones de surface comme les Magura V5. Cette fois, les drones FPV, initialement conçus pour frapper à terre, sont lancés depuis des embarcations rapides en haute mer, une combinaison jamais utilisée jusque-là dans ce conflit. Selon Kyiv Independent, cette opération « marque une étape décisive dans la guerre de drones maritimes engagée par Kyiv ».
Un élément supplémentaire accroît l’impact de cette offensive : la destruction d’un avion de chasse russe Su-30SM. Selon Interfax-Ukraine, l’appareil appartenait au 43e régiment d’aviation navale russe. Il aurait été touché lors de l’opération et retrouvé abattu à 70 kilomètres au nord-ouest du cap Tarkhankut.
Le Su-30SM, évalué à environ 50 millions de dollars, soit environ 45,9 millions d’euros, représente un atout majeur des forces aéronavales russes. Sa perte, en pleine mer, après une opération combinée drone-bateau, accentue le caractère inédit et stratégique de l’attaque. Une opération de recherche et de sauvetage russe aurait été engagée dès 5 heures du matin, mobilisant avions An-26 et hélicoptères Mi-8 et Ka-27. Une nappe de carburant et des débris de l’appareil ont été retrouvés quelques heures plus tard.
Un basculement stratégique dans la guerre maritime ukrainienne
Jusqu’ici, les drones FPV (First Person View) étaient majoritairement utilisés sur terre, pour frapper des cibles fixes ou mobiles à courte portée, comme des blindés, des bunkers ou des lignes d’artillerie. Leur coût modéré, leur agilité et leur précision en faisaient une arme privilégiée dans un contexte de guerre asymétrique.








