L’Union européenne veut raccourcir le délai entre la conception d’un drone militaire et ses essais sur le terrain. Deux centres d’expérimentation doivent être développés en 2027, en Lettonie et aux Pays-Bas, pour tester des appareils sans équipage et des moyens de lutte antidrones. Le projet associera les armées, les industriels et les organismes de recherche autour de procédures d’évaluation communes.
Dans une annonce publiée le 29 octobre, l’Agence européenne de défense (AED) précise qu’elle organisera de nouveaux exercices opérationnels en 2027 pour accompagner ces deux pôles pilotes. Les autorités lettones et néerlandaises ont confirmé les implantations, présentées lors des échanges avec l’OTAN autour de l’événement FUSE à Riga.
La Lettonie testera les drones terrestres et aériens
Le premier centre sera installé dans la zone d’entraînement militaire de Sēlija, en Lettonie. Il se concentrera sur les drones aériens et terrestres, ainsi que sur les technologies destinées à les détecter, à les identifier, à les suivre et à les neutraliser. Les équipes pourront confronter les équipements à des situations proches des conditions d’emploi des forces.
Selon le ministère letton de la Défense, ce dispositif doit aussi faciliter la mise au point de méthodes communes pour mesurer les performances et vérifier que des systèmes développés dans plusieurs pays peuvent fonctionner ensemble.
Le site letton accueillait déjà des activités d’expérimentation liées à l’OTAN. Le futur centre européen doit s’articuler avec ces installations plutôt que multiplier des structures concurrentes.
Aux Pays-Bas, priorité aux menaces en mer et sous la surface
Le deuxième pôle sera développé à Scheveningen, sur la côte néerlandaise. Sa spécialité sera différente : drones maritimes, sécurité des fonds marins et moyens de défense contre des véhicules sans équipage évoluant dans les eaux peu profondes.
Le ministère néerlandais de la Défense indique que le projet prolongera l’initiative SeaSEC, consacrée notamment à la sûreté des câbles et des conduites sous-marines. La protection des infrastructures critiques devient ainsi un champ d’essais à part entière, aux côtés des missions traditionnelles de surveillance navale.
Cette répartition entre un centre terrestre et aérien et un centre maritime répond à la diversité des menaces. Un petit drone volant près d’une base et un appareil autonome approchant un câble sous-marin appellent des capteurs, des procédures et des moyens d’intervention différents.
Le programme DECODER doit accélérer les essais communs
Les deux implantations appartiennent au programme européen DECODER, consacré aux drones et aux systèmes de lutte antidrones. L’initiative vise à soutenir le développement conjoint des équipements, leur production et leur interopérabilité. La France figure parmi les pays participants, aux côtés de nombreux États membres ainsi que de l’Ukraine et de la Norvège, selon la décision européenne définissant le programme.
L’AED entend rapprocher les exigences exprimées par les militaires des phases de conception, de test et d’évaluation industrielle. Des méthodes d’essai harmonisées doivent permettre aux forces de comparer plus facilement des matériels et, lorsque cela sera possible, de reconnaître les résultats obtenus dans un autre pays.
La coopération avec l’Ukraine occupe également une place dans le dispositif européen. Le commissaire Valdis Dombrovskis a souligné, le 30 octobre, l’intérêt de l’expérience opérationnelle ukrainienne pour accélérer la mise au point des drones et des moyens de protection, lors de l’annonce relayée par le média spécialisé Unmanned Airspace.
Des centres annoncés, des capacités encore à construire
Le calendrier vise 2027 pour le développement des deux centres et de leurs exercices. Les installations et les futurs essais doivent encore traduire les orientations européennes en capacités utilisables. L’annonce ne correspond pas à une commande unique de drones ni à la livraison immédiate de nouveaux équipements aux armées.
Pour les forces françaises, l’intérêt potentiel est de disposer d’un cadre partagé pour tester des technologies évoluant beaucoup plus vite que les cycles d’acquisition habituels. L’enjeu sera de transformer les expérimentations conduites en Lettonie et aux Pays-Bas en matériels fiables, compatibles et adaptés aux besoins opérationnels des différentes armées européennes.








