Le 16 juillet 2025, un avion militaire américain a atterri sur le tarmac de RAF Lakenheath, au Royaume-Uni. Depuis, les signaux s’accumulent et la suspicion enfle : les États-Unis auraient réintroduit des armes nucléaires sur cette base, quinze ans après leur retrait officiel. L’événement, s’il est confirmé, constituerait un tournant dans la stratégie de dissuasion américaine en Europe.
Une base britannique au cœur de la stratégie nucléaire des USA
La base de RAF Lakenheath, dans le Suffolk, n’est pas une installation comme les autres. Elle abrite le 48th Fighter Wing de l’US Air Force, aussi connu sous le nom de Liberty Wing, et elle fut l’un des principaux dépôts d’armes nucléaires américaines pendant la guerre froide, jusqu’à leur retrait en 2008. Depuis 2022, de lourds investissements ont transformé ses infrastructures : 28 abris d’avions ont été équipés de voûtes WS3, systèmes de stockage souterrains dédiés aux armes nucléaires. Le ministère américain de la Défense a reconnu dans son budget de 2023 avoir financé des améliorations dans des installations classifiées au Royaume-Uni, sans jamais nommer explicitement Lakenheath.
Les États-Unis, qui déploient encore aujourd’hui des bombes nucléaires B61-12 dans des bases européennes comme Kleine Brogel (Belgique), Büchel (Allemagne), Aviano et Ghedi (Italie), Volkel (Pays-Bas) et Incirlik (Turquie), semblent avoir relancé la répartition géographique de leur arsenal tactique. Lakenheath pourrait ainsi redevenir un point nodal d’une stratégie élargie de dissuasion.
Un cargo bien connu s’envole pour le Royaume-Uni : le C-17A Globemaster III
Tout commence le 16 juillet 2025, relate Bloomberg. Un avion cargo C-17A Globemaster III décolle de la base de Kirtland (Nouveau-Mexique), qui abrite le Nuclear Weapons Center de l’US Air Force. Destination : RAF Lakenheath. L’appareil est suivi par plusieurs analystes en sources ouvertes (OSINT), dont @TheIntelFrog, qui note une trajectoire anormale et une opération de ravitaillement en vol — une précaution généralement réservée aux charges très sensibles. Deux jours plus tard, le même avion rentre aux États-Unis.
À cela s’ajoute un challenge coin — une pièce commémorative distribuée aux militaires — frappé par le 493rd Fighter Generation Squadron, unité affectée à Lakenheath. On y distingue sans équivoque une bombe B61 stylisée, un champignon atomique, et la devise : « Prepare to meet thy maker ». Une symbolique jugée « inappropriée » par plusieurs ONG pacifistes, mais considérée par les analystes comme une preuve indirecte de mission nucléaire.
Pas de commentaires officiels… et le doute s’installe
Les autorités britanniques et américaines ont refusé de confirmer l’information. Le ministère de la Défense britannique a déclaré : « Le Royaume-Uni ne confirme ni n’infirme la présence d’armes nucléaires sur son territoire. » Même formulation du côté du Pentagone, relaye la BBC
Mais pour les militants anti-nucléaires, cette ambiguïté alimente l’inquiétude. Le Campaign for Nuclear Disarmament (CND) a interpellé le Premier ministre Keir Starmer, exigeant une réponse publique : « Il est totalement inacceptable que le public découvre une telle escalade dans le risque nucléaire via des articles de presse. »
Dissuasion nucléaire : une logique d’escalade face au contexte russe
Cette probable relocalisation s’inscrit dans un contexte stratégique tendu. La guerre en Ukraine, les menaces de Vladimir Poutine sur l’emploi d’armes nucléaires tactiques, la suspension de la Russie du traité New START en 2023 et la montée en puissance militaire chinoise forcent Washington à revoir ses lignes rouges.
L’arrivée à Lakenheath d’avions F-35A Lightning II — capables de transporter la B61-12 — va de pair avec le choix du Royaume-Uni, en juin 2025, d’acheter douze appareils F-35A, stationnés à RAF Marham. Cette synchronisation alimente l’hypothèse d’une coopération nucléaire renforcée entre les États-Unis et Londres, même si la doctrine britannique repose officiellement sur sa propre dissuasion via les sous-marins Trident.
Les B61-12 ne sont pas de simples bombes. Il s’agit d’armes à charge variable, permettant un réglage de puissance de 0,3 à 50 kilotonnes. Elles visent à rendre la dissuasion plus crédible, plus adaptable, et à combler l’espace entre guerre conventionnelle et holocauste nucléaire. Leur retour sur le sol britannique — s’il est confirmé — marquerait une évolution doctrinale majeure : réinsérer l’arme nucléaire dans une logique d’emploi régional, tactique et psychologique, au sein même du territoire d’un allié clé de l’OTAN.








