Désinformation et deep fakes : la campagne russe Matryoshka veut faire plier l’Ukraine

La campagne « Matryoshka », orchestrée par des réseaux russes liés aux agences de renseignement, représente une nouvelle forme de désinformation, utilisant des technologies avancées d’intelligence artificielle. Son objectif principal est de manipuler l’opinion publique internationale en faveur des intérêts de Moscou, notamment en affaiblissant le soutien à l’Ukraine et en discréditant les sanctions imposées à la Russie.

Publié le
Lecture : 3 min
Désinformation et deep fakes : la campagne russe Matryoshka veut faire plier l’Ukraine
Désinformation et deep fakes : la campagne russe Matryoshka veut faire plier l’Ukraine | Armees.com

Matryoshka : une opération de grande envergure sur les réseaux sociaux

L’opération repose sur une chaîne bien coordonnée, explique le média The Insider dans un article du 13 décembre 2024. Elle commence par la création de contenus audiovisuels falsifiés, dans lesquels des figures académiques respectées semblent exprimer des idées favorables à la Russie. Les vidéos commencent par de véritables séquences d’introduction, extraites de conférences ou de cours publiquement accessibles. Ces segments sont suivis de séquences manipulées où les voix des universitaires sont clonées pour diffuser des messages propagandistes.

Ces messages comprennent :

  • La critique des sanctions économiques, décrites comme dévastatrices pour l’Europe.
  • L’appel à la cessation de l’aide militaire et économique à l’Ukraine.
  • La proposition que l’Ukraine cède des territoires à la Russie.
  • La diffusion de contenus dénigrant le président ukrainien, parfois sous forme d’attaques personnelles (le décrivant comme un « vampire » dans un cas analysé).

Une fois les vidéos produites, elles sont diffusées via des plateformes telles que Telegram, où des canaux pro-russes, notamment Sheikh Tamir (440 000 abonnés) ou Ruka Kremlya, servent de relais initiaux. Ces contenus sont ensuite amplifiés sur des réseaux sociaux comme Twitter (X), par des bots et des comptes usurpés, multipliant les partages et augmentant artificiellement leur visibilité.

L’intelligence artificielle au coeur de la guerre de communication

L’utilisation de l’intelligence artificielle dans cette campagne est une innovation majeure. Les technologies de clonage vocal permettent de reproduire les voix des cibles avec une précision troublante, rendant la manipulation difficile à détecter pour le grand public. L’analyse réalisée par l’Université de Bristol par, notamment, Bot Blocker, sur une vidéo impliquant l’historien Ronald Hutton a confirmé que seules les premières secondes de la vidéo étaient authentiques, le reste ayant été généré par une IA. Cette sophistication donne un vernis de crédibilité aux messages diffusés.

L’infrastructure technique de Matryoshka inclut également :

  • La diffusion multilingue : Des traductions des vidéos permettent de toucher des audiences internationales, de l’Europe (anglais, néerlandais) à l’Asie (thaï, indonésien).
  • La coordination transnationale : Des réseaux automatisés partagent les vidéos à grande échelle, favorisant leur viralité dans plusieurs régions du monde.
  • L’intégration de faux logos de médias : Pour renforcer l’apparence d’authenticité, certains contenus sont marqués des logos de grandes institutions médiatiques.

Quelle est la cible de Matryoshka ?

Cette campagne de désinformation massive s’attaque directement à la crédibilité d’universités renommées et des figures académiques qui incarnent l’expertise. Les institutions ciblées incluent notamment :

  • L’Université de Cambridge,
  • L’Université de Harvard,
  • Sciences Po Paris,
  • L’Université de Bristol.

En usurpant les identités de leurs membres, Matryoshka vise à semer le doute sur la véracité des positions académiques. Ces manipulations s’inscrivent dans une stratégie visant à éroder la confiance du public envers les institutions intellectuelles et médiatiques, en les transformant en outils apparents de désinformation.

Par ailleurs, en critiquant les sanctions et en plaidant pour une politique de compromis avec la Russie, les messages cherchent à diviser les sociétés occidentales et à influencer les décisions politiques. L’objectif ultime est d’affaiblir le front uni des démocraties contre l’agression russe en Ukraine.

La Russie utilise les fausses informations comme arme

La campagne Matryoshka n’est pas isolée. Elle présente des similitudes frappantes avec d’autres campagnes attribuées aux services de renseignement russes, comme Doppelgänger. Ce dernier, actif depuis plusieurs années, utilise également des bots et des contenus falsifiés pour diffuser des messages favorables à la Russie. Des documents obtenus par The Washington Post ont établi des liens entre ces opérations et le « Centre C », un organisme présumé lié à l’administration présidentielle russe, chargé de coordonner les campagnes d’influence à l’étranger.

 

La détection de ces contenus reste complexe. Leur qualité technique, combinée à une diffusion massive et coordonnée, dépasse les capacités des mécanismes traditionnels de modération des plateformes numériques. Les outils nécessaires pour identifier ces manipulations (analyse acoustique des voix, vérification des métadonnées des vidéos) sont coûteux et rarement accessibles au grand public.

1 réflexion au sujet de « Désinformation et deep fakes : la campagne russe Matryoshka veut faire plier l’Ukraine »

  1. Ils attendent quoi nos dirigeants pour arrêter cette pratique qui date de bien longtemps . Les occidentaux ont quand même les moyens de leur renvoyer leurs attaques en boomerang pour que les russes se révoltent contre leur dictature . On voit cela depuis le début de la guerre et même avant . Ces méthodes ont servi à bouter les français hors d’Afrique avec un ou deux personnages payés par les wagner et compagnie .

Laisser un commentaire

Share to...