Défense : KNDS critique Berlin sur son manque de coopération avec la France

Les critiques formulées par la direction de KNDS contre les velléités de contrôle de Berlin illustrent les difficultés de la coopération franco-allemande en matière de Défense, à l’heure où l’Europe accélère son réarmement.

Publié le
Lecture : 3 min
Les critiques formulées par la direction de KNDS contre les velléités de contrôle de Berlin illustrent les difficultés de la coopération franco-allemande en matière de Défense, à l'heure où l'Europe accélère son réarmement. KNDS
Les critiques formulées par la direction de KNDS contre les velléités de contrôle de Berlin illustrent les difficultés de la coopération franco-allemande en matière de Défense, à l'heure où l'Europe accélère son réarmement. KNDS | Armees.com

Le groupe KNDS, symbole de l’intégration industrielle franco-allemande dans l’armement terrestre, se retrouve au centre de nouvelles tensions entre Paris et Berlin. Alors que l’Europe cherche à renforcer son autonomie stratégique face à la guerre en Ukraine et à la montée des menaces sécuritaires, les divergences de vues entre les deux capitales sur la gouvernance industrielle et le partage des technologies soulèvent des interrogations sur l’avenir des grands programmes de Défense européens.

KNDS, un champion européen fragilisé par les réflexes nationaux

Créé en 2015 à partir du rapprochement entre le français Nexter et l’allemand Krauss-Maffei Wegmann, KNDS devait incarner une nouvelle génération de coopération industrielle européenne. Le groupe est rapidement devenu l’un des principaux acteurs de l’armement terrestre sur le continent, avec un portefeuille allant des chars de combat aux systèmes d’artillerie en passant par les véhicules blindés.

Dans un contexte de forte hausse des dépenses militaires en Europe, KNDS apparaît comme un acteur stratégique. L’entreprise bénéficie de la reconstitution des stocks de munitions et des besoins croissants de modernisation des armées européennes. Son développement est également perçu comme un moyen de renforcer la souveraineté industrielle du continent face à la concurrence américaine et à l’essor de groupes européens comme le géant allemand de l’armement terrestre Rheinmetall.

Pourtant, le climat politique entourant le groupe s’est récemment dégradé. Selon le quotidien économique allemand Handelsblatt, plusieurs responsables politiques allemands souhaiteraient accroître les capacités d’intervention de Berlin sur certaines technologies développées en Allemagne par KNDS. Cette volonté de renforcer le contrôle national intervient alors que le groupe prépare une introduction en Bourse très attendue.

Ces discussions ont suscité une réaction inhabituelle de la direction de KNDS. Son président du conseil d’administration, Tom Enders, ancien dirigeant d’Airbus, a publiquement mis en garde contre une approche jugée excessivement nationale de la coopération en matière de Défense. Ses déclarations, rapportées par Handelsblatt et reprises par l’AFP, témoignent de la crispation croissante entre industriels et responsables politiques sur la manière de construire une industrie de Défense véritablement européenne.

Le spectre des échecs industriels pèse sur les futurs programmes militaires

Cette nouvelle controverse intervient dans un contexte déjà tendu pour la coopération franco-allemande. Les difficultés rencontrées par plusieurs grands programmes de Défense ont progressivement alimenté les doutes sur la capacité des deux pays à mener ensemble des projets industriels d’envergure.

L’exemple le plus emblématique reste celui du Système de combat aérien du futur (Scaf). Ce programme devait permettre de concevoir un avion de combat de nouvelle génération et un écosystème de systèmes connectés destinés à succéder notamment au Rafale français et à l’Eurofighter allemand. Les désaccords industriels, les débats sur la répartition des compétences et les rivalités entre entreprises ont considérablement ralenti le projet.

Les inquiétudes se reportent désormais sur le programme MGCS, destiné à développer le char de combat européen de demain. KNDS y joue un rôle central. Mais les récentes déclarations du gouvernement allemand, n’excluant pas la possibilité que chaque pays développe finalement son propre blindé, ont ravivé les interrogations. Une telle évolution représenterait un recul majeur de l’ambition initiale de construire un système commun.

Au-delà des seuls programmes industriels, cette situation révèle une divergence plus profonde entre Paris et Berlin. La France défend depuis plusieurs années une vision de l’autonomie stratégique européenne reposant sur des capacités de Défense intégrées et sur la création de champions industriels transnationaux. L’Allemagne, malgré l’annonce de son vaste plan de réarmement après l’invasion de l’Ukraine, reste régulièrement traversée par des réflexes de protection de ses intérêts industriels nationaux.

Le cas de KNDS illustre ainsi un paradoxe européen. Jamais les besoins de coopération n’ont été aussi importants. Les budgets militaires augmentent fortement, les armées doivent se rééquiper rapidement et les menaces extérieures imposent une accélération des capacités industrielles. Pourtant, les réflexes de souveraineté nationale demeurent puissants.

Pour les industriels de la Défense, l’enjeu dépasse largement le seul avenir de KNDS. Il s’agit de savoir si l’Europe est capable de bâtir une base industrielle commune suffisamment solide pour rivaliser avec les grands groupes américains et répondre aux défis sécuritaires des prochaines décennies. Les débats actuels autour du groupe franco-allemand pourraient ainsi constituer un test décisif pour l’ensemble de la coopération européenne en matière de Défense.

Laisser un commentaire

Share to...