Coup dur pour l’US Navy : le navire qui devait révolutionner la flotte prend 18 mois de retard

Les retards de livraison des porte-avions américains mettent en péril non seulement la préparation militaire, mais risquent aussi de provoquer des licenciements chez 40 % des fournisseurs.

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Coup dur pour l’US Navy : le navire qui devait révolutionner la flotte prend 18 mois de retard
Coup dur pour l’US Navy : le navire qui devait révolutionner la flotte prend 18 mois de retard © Armees.com

La construction et la livraison des porte-avions sont des opérations complexes qui demandent une coordination serrée entre tous les intervenants de l’industrie navale. Ces dernières années, la Marine américaine rencontre des retards notables dans la mise en route de ses nouveaux porte-avions, ce qui soulève des interrogations sur la préparation militaire et les retombées économiques pour l’industrie.

Retard du USS Enterprise (CVN-80) et du John F. Kennedy

Le USS Enterprise (CVN-80), dont la livraison était initialement prévue pour mars 2028, sera remis à plus tard de 18 mois ; la nouvelle date est fixée à juillet 2030. Ce décalage s’explique surtout par des soucis de disponibilité des matériaux et de la chaîne d’approvisionnement. Par ailleurs, le porte-avions John F. Kennedy voit également sa livraison repoussée de deux ans, et est désormais attendue en mars 2027. Les raisons évoquées sont la nécessité de finir la certification du système Advanced Arresting Gear (AAG) et de poursuivre les travaux sur l’Advanced Weapons Elevator (AWE).

Ces reports illustrent les galères que rencontre la Marine pour tenir son planning de livraison. Comme l’exprime Adm. James Kilby, chef par intérim des opérations navales : « Nous sommes en retard dans chaque classe de navires [à] des taux différents, mais au moins des années. »

Conséquences économiques et industrielles

Les décalages de livraison des porte-avions entraînent aussi d’importantes répercussions économiques. Le budget de l’année fiscale 2025 mentionne non seulement le retard du CVN-80, mais aussi le report de l’achat du prochain porte-avions, le CVN-82, initialement prévu pour l’année fiscale 2028 et maintenant repoussé à 2030, en raison des retards de production. Ce report risque de provoquer des pénuries de main-d’œuvre et de faire grimper les coûts. En effet, 40 % des fournisseurs devraient être contraints de licencier si l’achat est repoussé après cette échéance.

Todd Corillo, porte-parole de HII’s Newport News Shipbuilding, s’est exprimé en ces termes : « Comme déjà indiqué, toute modification qui étend les intervalles entre les plateformes par rapport aux plans de construction navale approuvés précédemment est préoccupante en raison de la perturbation potentielle de notre base de fournisseurs… ». De son côté, Lisa Papini a averti que si ce rythme se poursuit avec des achats espacés de six ans et plus, cela serait franchement négatif pour 71 % des fournisseurs.

Souci dans la chaîne d’approvisionnement

La pandémie de COVID-19 a accentué les difficultés déjà présentes dans la chaîne d’approvisionnement. Les fournisseurs se retrouvent face à de multiples problèmes, notamment des pénuries de main-d’œuvre, une inflation galopante et des difficultés pour se procurer les matières premières. Par exemple, un fournisseur attend toujours, en février 2024, une commande passée en février 2022. Un autre a vu ses coûts doubler entre 2020 et 2022 avant d’augmenter de 50 % en 2023.

Ces problèmes ne touchent pas uniquement la construction des porte-avions, ils concernent aussi la construction sous-marine. En effet, plus de la moitié des fournisseurs participent simultanément aux programmes des plateformes sous-marines et aéronavales, ce qui fait que tout contretemps peut se répercuter sur plusieurs projets stratégiques.

Mesures pour s’en sortir

Face à ces défis grandissants, le Pentagone travaille pour améliorer la situation en attribuant plus de contrats afin de stimuler la fabrication navale et modernisation des infrastructures. Par le passé, l’achat groupé du USS Enterprise et du futur USS Doris Miller (CVN-81) avait permis d’économiser jusqu’à 4 milliards, selon les responsables militaires.

L’avenir reposera en grande partie sur la mise en œuvre efficace de ces mesures pour que les retards soient maîtrisés sans compromettre les capacités opérationnelles indispensables ni aggraver la situation économique de ce secteur.

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