La Russie traverse une période compliquée qui risque d’affecter fortement ses moyens militaires. Tandis que la guerre avec l’Ukraine continue, le secteur militaire montre des signes de faiblesse. Le Kremlin injecte des sommes importantes pour soutenir l’effort de guerre, mais cela semble peine perdue face aux défis qui s’accumulent.
Un marché de l’emploi en pleine dégringolade dans la défense
D’après une enquête du journal indépendant Novaya Gazeta Europe, traduite par Meduza, la demande pour de nouveaux employés dans le secteur militaire russe est au plus bas depuis le début du conflit ukrainien. Entre janvier 2022 et août 2025, 1 266 entreprises de défense ont publié au total 577 000 offres d’emploi sur hh.ru. En août 2022, près de 2 % des annonces concernaient le domaine de la défense, mais ce chiffre a dégringolé pour atteindre seulement 34 500 offres en été 2025, un niveau même inférieur à celui d’avant l’invasion. Le pic de recrutement avait été enregistré en 2022, mais dès novembre 2024, la Douma notait un manque inquiétant de 400 000 spécialistes dans ce secteur.
Cela s’accompagne d’une baisse des salaires proposés dans ces nouvelles annonces, qui sont environ 10 % plus bas qu’en 2024. Tandis que les salaires augmentent en général dans le pays, c’est la première baisse relevée dans la défense depuis le début des hostilités. Cette situation est principalement expliquée par l’inflation et l’allongement de la durée de travail, selon Pavel Luzin, expert en politique de défense.
Des problèmes d’organisation et une baisse des exportations d’armes
Le secteur de la défense russe se trouve aujourd’hui dans une situation de saturation inquiétante. La majorité des entreprises manque d’infrastructures adaptées et de chaînes de production suffisantes pour améliorer leur rendement. Seules certaines branches stratégiques, telles que les drones explosifs, les missiles et les munitions de précision, continuent d’attirer de nouveaux talents.
Sur le plan international, la part de la Russie dans les exportations mondiales d’armements a chuté de manière spectaculaire, passant de 21 % entre 2015 et 2019 à seulement 7,8 % entre 2020 et 2024, ce qui reflète une menace militaire russe croissante. Cette baisse s’explique par le renforcement des besoins internes et les sanctions occidentales, mettant en lumière une pénurie de stocks dans le secteur militaire russe. Pour tenter de compenser, Moscou se tourne vers des marchés asiatiques, africains et du Moyen-Orient.
Des défis financiers et des infrastructures qui peinent à suivre
En décembre 2024, Moscou a dévoilé un budget colossale de 126 milliards d’euros (13,5 trillions de roubles) pour la défense nationale de l’année suivante, ce qui représente plus d’un tiers des dépenses publiques prévues pour 2025. Cependant, les restrictions budgétaires et l’inflation pèsent lourdement sur ces prévisions. Le secteur a du mal à obtenir des prêts avantageux, ce qui complique la modernisation de ses infrastructures.
Les usines russes peinent à suivre le rythme imposé par une guerre prolongée. Depuis l’été 2022, certaines, comme Uralvagonzavod, travaillent sans relâche pour répondre aux besoins du front. Pourtant, le pic de production atteint en 2024 a permis de réduire la nécessité d’embaucher du personnel supplémentaire.
Une expansion ciblée malgré les galères
Même si la situation est difficile, certaines entreprises continuent d’investir, en concentrant leurs efforts sur des secteurs comme les drones et les missiles. Des fabricants, comme l’usine de machines de Perm ou celle d’hélicoptères de Kazan, investissent lourdement dans l’amélioration de leurs capacités.
Vasily Osmakov, premier vice-ministre russe de l’Industrie et du Commerce, a affirmé que l’économie avait atteint un « point de rupture » en 2025, soulignant la vulnérabilité militaire croissante de la Russie.








