La Chine dépense moins, l’Europe panique : et la France ?

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La Chine dépense moins, l'Europe panique : et la France ? | Armees.com

La Chine entre en déflation mentale. Ses ménages épargnent, taillent dans leurs dépenses, hésitent. À des milliers de kilomètres, l’Europe tremble et promet des milliards pour sa défense. Mais entre les effets d’annonce et la réalité des budgets, le fossé reste abyssal — et la France en est le symbole le plus criant.

2,06 %

Part du PIB consacrée à la défense par la France en 2026, encore en deçà de l’objectif OTAN de 2 % atteint tardivement — et très loin des 3 % que réclamait récemment Washington.

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Pékin économise. Paris, elle, dépense sans compter — mais pas pour ça.

Il y a quelque chose de vertigineux à lire les enquêtes sur la frugalité des ménages chinois pendant qu’on examine les promesses budgétaires françaises en matière de défense. Les Chinois, échaudés par une crise immobilière sans fond et des salaires sous pression, ont appris à distinguer l’essentiel du superflu. Ils tranchent, ils arbitrent, ils priorisent. Ce réflexe de bon sens — dépenser là où c’est utile, pas là où c’est confortable — est précisément celui qui manque à la gestion publique française.

La Loi de programmation militaire 2024-2030 prévoit 413 milliards d’euros sur sept ans. Une somme qui donne le vertige. Mais posons la vraie question : est-ce que cet argent est bien dépensé ? Achète-t-on de la puissance réelle ou de la bureaucratie en uniforme ? Car la France a ce talent singulier de mobiliser des ressources considérables pour produire des résultats décevants. Le nombre de programmes d’armement livrés en retard et hors budget devrait, seul, interdire tout triomphalisme.

La LPM, entre ambition affichée et gestion désastreuse des programmes

Prenons quelques exemples concrets. Le programme Scorpion de modernisation de l’armée de Terre : lancé il y a plus de quinze ans, livraisons en retard chroniques, surcoûts absorbés discrètement. Le porte-avions de nouvelle génération, dont les études préliminaires ont déjà englouti des centaines de millions sans qu’une tôle ait été coupée. Les MRTT Phénix, ravitailleurs en vol dont la flotte reste insuffisante malgré l’urgence opérationnelle.

Comparez avec la Suède. Stockholm consacre 2,4 % de son PIB à la défense, certes, mais avec une industrie d’armement — Saab, Bofors — capable d’exporter massivement et de financer une partie de son propre effort. Chaque couronne dépensée génère de la valeur industrielle et stratégique. En France, la Direction générale de l’armement emploie plus de 10 000 fonctionnaires et ingénieurs. C’est colossal. Est-ce proportionnel aux résultats ? On peut légitimement se le demander.

L’Allemagne, longtemps moquée pour son sous-investissement militaire, a créé un fonds spécial de 100 milliards d’euros et mis en place des procédures d’achat accéléré. Résultat : des livraisons effectives, des contrats signés, une montée en puissance mesurable. La rigueur budgétaire n’est pas l’ennemie de la puissance militaire — elle en est la condition.

Arbitrer, enfin, comme le ferait n’importe quel gestionnaire sérieux

Force est de constater qu’aucun grand pays ne peut indéfiniment promettre plus sans choisir mieux. Les ménages chinois l’ont compris sous la contrainte. La France devra l’apprendre par la raison — ou par la crise.

Cela implique des décisions courageuses : fermer des programmes fantômes, mutualiser les achats européens là où c’est pertinent, réformer la commande publique de défense pour réduire les délais et les surcoûts. Cela implique aussi d’évaluer chaque milliard dépensé à l’aune d’un critère simple : est-ce que ça rend nos soldats plus efficaces demain matin ?

La souveraineté stratégique ne se proclame pas. Elle se finance intelligemment. Il est temps que la classe politique française s’en convainque — avant que la prochaine LPM ne soit, elle aussi, une belle liste de promesses sans lendemain.

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