Alors que Washington choisit de réintégrer Moscou dans le concert diplomatique du G20, que la mission onusienne au Sahara occidental rend l’âme et que des civils ukrainiens s’évacuent sous cessez-le-feu précaire, une question s’impose avec brutalité : qui finance encore l’ordre international ? Et surtout, l’Europe est-elle prête à en assumer le coût réel ?
2,1 %
C’est l’objectif OTAN de dépenses de défense en pourcentage du PIB — que la France atteint tout juste en 2026, après des années de retard coupable.
Rubio, la Russie au G20 et le signal le plus dangereux de l’année
Marco Rubio a défendu la présence russe au G20. Simple pragmatisme diplomatique, dit-il. Je veux bien l’entendre — le dialogue reste préférable au silence. Mais il faut appeler les choses par leur nom : cette décision envoie un signal dévastateur à tous ceux qui, en Europe, hésitent encore à financer sérieusement leur défense. Si Washington normalise la Russie sur la scène multilatérale pendant qu’une guerre de haute intensité se déroule à 2 000 kilomètres de Paris, l’équation stratégique européenne change radicalement.
Force est de constater que l’Amérique de 2026 ne ressemble plus à celle qui garantissait, presque gratuitement, la sécurité du Vieux Continent depuis 1949. Le parapluie américain se rétracte — pas brutalement, mais méthodiquement. Et pendant ce temps, à Paris, on débat encore des coupes budgétaires sur la Loi de Programmation Militaire. Cherchez l’erreur.
La normalisation diplomatique de Moscou par Washington n’est pas une trahison — c’est un rappel. Un rappel que la sécurité de l’Europe est, en dernière instance, l’affaire des Européens. Ceux qui s’en étonnent n’ont pas lu Trump, ni Rubio, ni les budgets du Pentagone de ces trois dernières années.
L’ONU se retire du Sahara, la France regarde ailleurs
La mission onusienne au Sahara occidental cesse d’exister ce 1er novembre 2026. Discret, comme souvent quand il s’agit d’un dossier diplomatiquement encombrant pour Paris. Le Maroc, partenaire stratégique, l’a emporté sur le multilatéralisme onusien. Acte.
Mais derrière la fin de la MINURSO se profile une question que personne ne veut poser à voix haute : qui surveille les zones grises que l’ONU abandonne ? Qui finance la stabilité résiduelle dans ces espaces où groupes armés et trafics prospèrent dès que le drapeau bleu disparaît ? La réponse, dans la plupart des cas, c’est l’armée française — via ses opérations extérieures, via ses bases prépositionnées, via ses accords de défense bilatéraux. Et cela a un coût, que nos états-majors connaissent par cœur mais que nos ministres des Finances semblent découvrir à chaque projet de loi de finances.
Je ne dis pas que la France doit se substituer à l’ONU. Je dis qu’elle doit budgéter honnêtement les conséquences de chaque retrait multilatéral sur ses propres engagements militaires.
L’Ukraine résiste, l’Europe calcule, la facture arrive
Des centaines de civils évacués d’Oleshky sous cessez-le-feu local. Une banque qui continue de servir 18 millions de clients malgré les bombardements russes. L’Ukraine, trois ans après l’invasion, tient. C’est un fait militaire et humain remarquable — et c’est aussi le résultat d’un soutien occidental massif, chiffré en centaines de milliards.
La vraie question pour 2027 est celle-ci : l’Europe est-elle capable d’assumer seule, sans Washington en dernier recours, le financement de sa propre sécurité ? Les chiffres actuels disent non. Les discours disent peut-être. Les électeurs, eux, n’ont pas encore vraiment été mis devant la réalité de ce que cela implique en termes d’effort national.
La défense n’est pas une ligne budgétaire qu’on ajuste selon la conjoncture. C’est le socle sans lequel aucune politique économique, sociale ou industrielle n’a de sens. Il serait temps que nos dirigeants le disent — franchement, et en chiffres.


