Le 17 décembre 2025, Reporters sans frontières (RSF) a publié une enquête montrant que le Comité pour la sécurité de l’État (KGB) du Bélarus utilise un logiciel espion appelé ResidentBat. Ce logiciel s’infiltre dans les smartphones Android après des manipulations nécessitant un accès physique à l’appareil, un procédé qui a récemment été utilisé lors d’un interrogatoire musclé visant un journaliste. Cette découverte, annoncée comme exclusive, éclaire les méthodes de répression du régime biélorusse à l’encontre de la liberté de la presse.
Un outil de surveillance bien rôdé
ResidentBat n’exploite pas forcément des failles logicielles classiques, mais reste redoutablement performant. Il peut accéder aux journaux d’appels, aux enregistrements du microphone, aux captures d’écran, aux SMS, aux messages d’applications de messagerie chiffrée et aux fichiers stockés localement. Le mode opératoire observé montre que le smartphone visé est déverrouillé et manipulé directement par les agents, puis réinstallé dans un casier désigné — technique utilisée lors de l’affaire récente du journaliste.
Le Digital Security Lab (DSL) de RSF et l’organisation RESIDENT.NGO ont travaillé ensemble pour analyser les composants suspects trouvés sur l’appareil. Leur enquête a permis d’identifier plusieurs variantes de ResidentBat, la plus ancienne remontant à 2021, ce qui suggère que le logiciel est en service depuis au moins quatre ans. Les résultats ont été transmis à Google, qui a pris des mesures pour prévenir les utilisateurs potentiellement ciblés via des notifications spéciales.
Une attaque en règle contre la presse
RSF voit dans l’usage de ResidentBat par le KGB une manœuvre délibérée pour intimider et réduire au silence les journalistes indépendants. Qualifiant le régime d’Alexandre Loukachenko de « prédateur de la liberté de la presse », RSF déclare : « En déployant des technologies de surveillance comme ResidentBat, l’État biélorusse poursuit une stratégie délibérée de répression contre le journalisme indépendant. Ces outils n’ont rien à voir avec la sécurité nationale invoquée par le prédateur de la liberté de la presse Alexandre Loukachenko ; ils relèvent au contraire de l’intimidation et de la volonté de faire taire des journalistes. »
Le Bélarus se classe actuellement 166e sur 180 pays en matière de liberté de la presse. On y compte 32 journalistes emprisonnés, et les signalements de torture se multiplient, poussant de nombreux journalistes à l’exil depuis 2020. Ceux qui restent vivent dans la clandestinité, exposés à un risque permanent.







