Le 22 octobre 2025, les autorités allemandes ont ouvertement évoqué des accusations d’espionnage contre l’AfD, formation emblématique de l’extrême-droite. Selon plusieurs médias nationaux, dont Deutsche Welle, des parlementaires du parti auraient multiplié des demandes ciblées concernant des domaines sensibles, tels que la défense civile, les infrastructures critiques et les technologies de sécurité. Dans un contexte marqué par la guerre en Ukraine et la méfiance croissante à l’égard de la Russie, ces soupçons viennent fragiliser la position déjà controversée de l’AfD sur la scène politique allemande.
Soupçons d’espionnage : des demandes parlementaires jugées suspectes
Depuis plusieurs mois, des élus de l’AfD en Thuringe auraient soumis 47 questions parlementaires portant sur des sujets directement liés à la sécurité nationale : équipements de police, systèmes anti-drone, infrastructures de transport et gestion numérique des données publiques, selon DW. Le ministre de l’Intérieur du Land, Georg Maier, a dénoncé ces initiatives comme « un schéma d’enquête inhabituelle » susceptible de servir « un objectif étranger ».
« L’impression est presque inévitable que l’AfD suit une liste d’instructions venues du Kremlin », a-t-il déclaré à DW, affirmant que l’intensité et la précision croissantes de ces questions semblaient indiquer une intention systématique. Les interrogations parlementaires, bien que légales, peuvent en effet permettre d’obtenir des informations confidentielles sur les infrastructures publiques et les dispositifs de sécurité. Des données particulièrement convoitées dans un contexte de guerre hybride et d’espionnage numérique.
Des accusations sur fond de percée de l’AfD
L’affaire intervient alors que l’extrême-droite connaît une percée électorale inédite en Allemagne. Lors des élections régionales de 2025, l’AfD a atteint des scores supérieurs à 30 % dans plusieurs Länder de l’Est. Ce succès électoral a accru la vigilance des services de renseignement, notamment le Bundesamt für Verfassungsschutz (BfV), qui a officiellement classé le parti comme « initiative extrémiste de droite confirmée » le 2 mai 2025, selon The Guardian.
Les accusations d’espionnage renforcent désormais cette perception d’une formation politique aux liens ambigus avec la Russie. D’après bluewin.ch, plusieurs experts du gouvernement fédéral estiment que l’AfD « explore de manière ciblée » des infrastructures sensibles, ce qui pourrait favoriser des intérêts russes.
La défense de l’AfD : un parti qui se dit victime d’un procès politique
Face à ces accusations, l’AfD dénonce un « procès d’intention ». Son secrétaire parlementaire, Bernd Baumann, a rejeté les soupçons comme étant « absurdes », affirmant que les questions soumises relèvent d’une pratique parlementaire normale. Selon lui, ces initiatives visaient à « contrôler la transparence et la sécurité des infrastructures nationales », non à espionner. Il accuse les partis traditionnels, notamment le SPD et la CDU, de chercher à discréditer l’extrême-droite à l’approche de nouvelles échéances électorales.
Les dirigeants du parti soutiennent également qu’aucune preuve concrète ne démontre un transfert de données vers Moscou. À ce stade, aucune enquête judiciaire formelle n’a été annoncée par les services de sécurité allemands. Néanmoins, les autorités de Thuringe affirment que la nature répétée et la spécificité technique des demandes de l’AfD justifient un examen approfondi par les instances fédérales de contre-espionnage.
Au-delà du cas allemand, cette affaire d’espionnage présumé illustre les tensions croissantes entre l’Europe et la Russie dans le domaine de la sécurité politique. Si les soupçons à l’encontre de l’AfD se confirmaient, cela marquerait une étape inédite : un parti d’extrême-droite démocratiquement élu soupçonné de contribuer à des opérations d’influence étrangère. Les conséquences pourraient être lourdes dans un continent déjà fragilisé par la désinformation, les campagnes d’ingérence et les polarisations politiques.







