Chute d’Alep : comment Bachar al-Assad a perdu la bataille stratégique

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Chute d’Alep : comment Bachar al-Assad a perdu la bataille stratégique
Chute d’Alep : comment Bachar al-Assad a perdu la bataille stratégique © Armees.com

La chute d’Alep, survenue fin novembre 2024, marque un tournant décisif dans la guerre civile syrienne qui dévaste le pays depuis plus de treize ans. Deuxième ville de Syrie et ancien bastion économique, Alep est tombée entre les mains des groupes rebelles islamistes, Hayat Tahrir al-Sham (HTS) en tête, après une offensive éclair lancée depuis Idlib. Ce revers stratégique pour le régime de Bachar al-Assad expose les failles béantes d’un pouvoir affaibli et dépendant de ses alliés étrangers. Voici une analyse détaillée des causes et des implications de cet événement

Une offensive fulgurante

Lancée le 27 novembre 2024, l’offensive menée par HTS a surpris par sa rapidité. En trois jours, les rebelles ont pris le contrôle de la majeure partie d’Alep, incluant des centres gouvernementaux et l’aéroport stratégique de la ville. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), plus de 370 combattants et soldats ont perdu la vie lors de ces affrontements. Les frappes aériennes russes, mobilisées pour soutenir l’armée syrienne, n’ont pas suffi à enrayer la progression des insurgés.

Cette avancée rapide illustre la fragmentation et l’usure des forces pro-Assad, occupées sur d’autres fronts. La Russie et l’Iran, les principaux soutiens du régime, semblent concentrer leurs ressources ailleurs, affaiblissant les défenses autour d’Alep.

Les acteurs en présence :

La coalition ayant orchestré cette offensive regroupe plusieurs factions :

Hayat Tahrir al-Sham (HTS) :

  • Dirigé par Abou Mohammed al-Joulani, ce groupe islamiste, héritier d’al-Qaïda en Syrie, domine la région d’Idlib. Ses ambitions dépassent le cadre local, cherchant à redéfinir l’équilibre des pouvoirs en Syrie.

L’Armée syrienne libre (ASL) :

  • Cette faction rebelle modérée, soutenue par la Turquie, s’oppose historiquement au régime de Bachar al-Assad. Elle joue un rôle clé dans la dynamique régionale, notamment contre les forces kurdes.

Les alliés étrangers :

  • Turquie : Elle appuie indirectement les rebelles en facilitant les flux logistiques.
  • Russie et Iran : Bien qu’étroitement liés au régime syrien, ils peinent à répondre aux défis posés par l’offensive rebelle.

Les causes profondes de la chute

Bachar al-Assad, héritier d’un régime solidement établi par son père Hafez al-Assad, n’est plus qu’une figure symbolique. La Syrie est divisée en plusieurs zones d’influence, et le contrôle direct du régime se limite à Damas et à la côte méditerranéenne. L’usure des forces armées, conjuguée à une dépendance excessive envers la Russie et l’Iran, a compromis la capacité du régime à défendre ses territoires stratégiques.

Les relations entre la Russie et l’Iran, pourtant alliés du régime, sont marquées par des rivalités croissantes. L’influence turque au nord, notamment à Idlib, complique davantage la situation, mettant en lumière l’échec d’une coordination internationale efficace. L’hostilité de certaines populations sunnites envers le régime a facilité l’avancée des rebelles. Ces populations, marginalisées par une domination alaouite, aspirent à un changement, même sous l’égide de groupes islamistes.

Conséquences géopolitiques

Redistribution des cartes régionales :

  • La chute d’Alep représente une victoire symbolique pour les rebelles et une défaite majeure pour l’Iran. La Turquie, en revanche, renforce son influence dans le nord de la Syrie.

Crise humanitaire :

  • Près de 4 millions de Syriens réfugiés en Turquie pourraient être poussés à retourner dans leur pays, exacerbant les tensions sociales et humanitaires.

Réactions internationales :

  • Les États-Unis ont pointé du doigt la dépendance du régime envers Moscou et Téhéran, tandis que la Russie et la Turquie appellent à une coordination pour stabiliser la région.

 

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