Le projet ambitieux visant à créer un « véritable groupe de Défense européen » par le biais du consortium de défense franco-allemand KNDS et du leader de la défense italien Leonardo s’est effondré. Cela a jeté un voile sur l’espoir d’un rapprochement entre l’industrie de défense européenne, dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes. L’échec de ce projet souligne également le rôle crucial que joue la faisabilité financière dans les contrats de défense, malgré les considérations stratégiques et politiques.
En décembre dernier, Leonardo et KNDS s’étaient engagés à collaborer sur un projet italien de 5 milliards d’euros pour des véhicules de combat et un potentiel char européen. Cette entente, renforcée par un accord intergouvernemental entre Rome et Berlin, aurait pu ouvrir la voie à Leonardo pour obtenir une part dans KNDS, un consortium composé de Krauss-Maffei Wegmann d’Allemagne et de Nexter de France.
La première étape de cette alliance stratégique fut l’acquisition massive de 270 chars Leopard 2A8 de KNDS par l’Italie pour un montant de 8,2 milliards d’euros, un achat accéléré pour répondre aux engagements de l’OTAN alors que la guerre des chars en Ukraine mettait en tension l’équilibre de la défense mondiale. Des responsables de Leonardo entrevoyaient des possibilités d’intégration de leur propre technologie, tels que des capteurs électro-optiques, des radios définies par logiciel, des systèmes de commandement et de contrôle, et peut-être même le canon du char, dans les Leopard 2A8. Cependant, KNDS, réticent à personnaliser un modèle de char vendu en configuration standard à plusieurs clients, a rejeté l’initiative.
Cette divergence d’approche commerciale a conduit KNDS à annoncer l’arrêt des discussions avec Leonardo concernant leur futur partenariat. Des analystes allemands et italiens notent que, malgré des visions stratégiques de synergies européennes et une volonté politique favorable, la réalité des finances des entreprises finit par prévaloir.
Ce désaccord malheureux souligne les complexités inhérentes à la coopération et à l’intégration dans le secteur de la défense, même dans des situations favorables et à forte probabilité de réussite. Alors que la collaboration a échoué, les entreprises allemande Krauss-Maffei Wegmann et française Nexter pourraient toujours potentiellement participer au programme de char de combat principal (MGCS) mené par KNDS, mettant en avant l’équilibre délicat entre la concurrence et le partenariat dans le secteur de la défense.
L’avenir de l’engagement de l’Italie dans le programme MGCS demeure incertain et dépend de nombreux facteurs, notamment si l’Italie décide de procéder à l’achat des chars Leopard ou opte pour le prototype Panther de Rheinmetall. Quoi qu’il en soit, l’influence de la faisabilité financière se révèle être un déterminant majeur dans la formation d’alliances et de partenariats en matière de défense.








