Après les restrictions de connexion SpaceX subies par l’armée ukrainienne, le fabricant Fire Point assure que ses systèmes peuvent achever une mission sans liaison satellitaire. Cette autonomie revendiquée reste partielle et pose une question centrale pour les armées européennes : la maîtrise de leurs moyens de communication.
Le constructeur ukrainien Fire Point assure avoir développé des solutions permettant à ses systèmes de terminer certaines missions à longue distance sans connexion aux services satellitaires de SpaceX. Sa directrice générale, Iryna Terekh, l’a expliqué dans un entretien publié par Reuters le 30 octobre, après une période de restrictions qui a perturbé les opérations ukrainiennes en octobre. La société présente cette autonomie comme une priorité de conception, tout en reconnaissant les limites des solutions de remplacement.
La navigation sans liaison extérieure, une priorité affichée
Pendant une dizaine de jours, les restrictions appliquées aux services SpaceX ont notamment affecté les équipements ukrainiens se déplaçant à grande vitesse. Fire Point affirme avoir mis au point des moyens de poursuivre ses missions lorsque la liaison satellitaire est interrompue. La dirigeante n’a pas détaillé les technologies utilisées ni présenté de résultats d’essais indépendants.
Elle estime que ces solutions ne représentent que 15 à 20 % des possibilités qu’offrirait, selon elle, un accès complet à Starlink au-dessus du territoire russe. Ce chiffre est une appréciation du fabricant, pas une mesure publique des performances de l’ensemble des forces ukrainiennes. Il distingue la capacité à achever une mission de l’accès permanent aux communications et aux informations nécessaires à sa conduite.
Le rétablissement des services annoncé le 24 octobre a suivi des échanges tendus entre Kiev, SpaceX et Washington sur les conditions d’utilisation de Starlink et de sa déclinaison militaire Starshield. Les responsabilités dans les restrictions font l’objet de déclarations divergentes.
Les programmes FP-7, FP-9 et Freyja avancent
Fire Point développe aussi des missiles balistiques. Le FP-7 a connu une première utilisation au combat annoncée début octobre par le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Iryna Terekh lui attribue une portée d’environ 300 kilomètres et estime qu’il pourrait contribuer à neutraliser des lanceurs russes mobiles. Les performances réelles de cette arme ne sont pas documentées publiquement dans l’entretien.
Le FP-9, annoncé avec une portée d’environ 800 kilomètres, serait proche de la disponibilité opérationnelle, selon la dirigeante, qui évoque une échéance possible avant la fin de l’année. Il s’agit encore d’un calendrier annoncé par l’industriel.
La société coordonne également Freyja, un programme européen d’interception de missiles balistiques. Elle prévoit un essai sur cible virtuelle avant la fin de 2026 et une interception physique vers la mi-2027. Ces objectifs devront être validés par des essais avant toute conclusion sur l’efficacité du système.
Un enjeu pour la souveraineté de défense européenne
L’épisode SpaceX met en lumière un risque partagé par les armées européennes : dépendre, pour des fonctions essentielles, de services de communication dont les conditions d’accès peuvent être modifiées par un acteur extérieur. Pour la France et ses partenaires, la question dépasse la fourniture d’armements : elle concerne la résilience des systèmes de navigation, les logiciels, les réseaux et la continuité des opérations en environnement dégradé.
Les déclarations de Fire Point illustrent une réponse industrielle à cette dépendance, mais les résultats annoncés devront encore être confrontés aux performances constatées sur le terrain et aux essais des programmes européens.








