Grands fonds marins : la Marine franchit le cap des 5 000 mètres avec son robot ROV-DeepSea

La Direction générale de l’armement a annoncé le 29 octobre la réussite des essais de qualification en grande profondeur du robot téléopéré ROV-DeepSea, conçu par LD Travocean. Cet équipement destiné à intervenir jusqu’à 6 000 mètres doit renforcer les capacités françaises de surveillance et d’action sous la mer ; un second exemplaire est en préparation.

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Grands fonds marins : la Marine franchit le cap des 5 000 mètres avec son robot ROV-DeepSea © Armees.com

La Marine nationale se rapproche d’une capacité d’intervention autonome dans les abysses. La Direction générale de l’armement (DGA) a annoncé, jeudi 29 octobre, l’achèvement des essais de qualification du ROV-DeepSea, un robot sous-marin téléopéré développé par l’entreprise française LD Travocean. Lors d’une campagne menée en septembre au large de la Grèce, l’engin a évolué au-delà de 5 000 mètres de profondeur, après des essais jusqu’à 2 500 mètres au large de Toulon en juillet.

Cette étape, détaillée dans le communiqué de la DGA du 29 octobre, ne constitue pas encore l’annonce d’une mise en service opérationnelle ni la preuve d’une plongée réalisée à 6 000 mètres. Elle valide toutefois une phase essentielle du développement d’un système conçu pour atteindre cette profondeur.

Un robot pour observer, mais aussi intervenir

La profondeur visée, 6 000 mètres, permettrait selon le ministère des Armées d’accéder à environ 97 % des fonds océaniques. La différence avec un drone sous-marin autonome est importante : un ROV est piloté à distance et relié à son navire de soutien, ce qui lui permet d’employer des outils et de réaliser des interventions précises. Un appareil autonome est davantage adapté aux missions de reconnaissance et de cartographie sur de grandes distances.

La DGA destine ROV-DeepSea aux missions de connaissance, de surveillance et d’action de la Marine nationale. Les enjeux incluent la capacité à examiner des objets ou des installations en profondeur, à documenter une anomalie et, selon l’outillage disponible et les conditions de mer, à intervenir sur place. Il serait toutefois prématuré de présenter cet équipement comme une garantie de protection de tous les câbles sous-marins : une opération dépend également du navire porteur, des moyens de déploiement et du contexte tactique.

Le média spécialisé Zone Militaire rapporte que le robot pèse environ 3,6 tonnes et dispose de plusieurs propulseurs et de capacités d’emport d’outils. Ces caractéristiques soulignent que la capacité opérationnelle ne se résume pas à la profondeur atteinte : elle exige une chaîne complète de manutention, d’énergie, de pilotage et de maintenance.

Un développement français réalisé en 21 mois

Le marché de développement a été notifié en septembre 2024 à LD Travocean, filiale de LD Armateurs implantée à La Ciotat et spécialisée notamment dans les équipements et travaux sous-marins. D’après la DGA, la conception et la fabrication du système ont pris 21 mois. Les essais ont associé DGA Techniques navales, la Marine nationale et les spécialistes militaires de l’intervention sous la mer.

Le programme s’inscrit dans la stratégie française de maîtrise des fonds marins et bénéficie du cadre d’investissement France 2030. Il répond à une difficulté opérationnelle bien identifiée : connaître les grands fonds ne suffit pas si les forces ne disposent pas des équipements nécessaires pour y effectuer une intervention.

Cette spécialisation industrielle s’appuie sur une expérience plus ancienne. En 2024, Mer et Marine décrivait déjà l’articulation envisagée entre les drones autonomes de reconnaissance et les robots téléopérés d’intervention. Les essais annoncés aujourd’hui concernent la qualification du robot, et non la création ex nihilo du programme.

Un deuxième exemplaire envisagé, sans calendrier de livraison annoncé

La DGA indique désormais préparer la commande d’un deuxième système ROV. Cette formulation est déterminante : elle ne signifie pas qu’un second appareil a déjà été commandé, livré ou affecté à un bâtiment. Le ministère ne précise dans son annonce ni montant de cette future acquisition ni date de disponibilité opérationnelle.

Pour les forces navales françaises, le prochain enjeu sera donc de transformer la qualification technique en une capacité durablement mobilisable : disponibilité du robot, formation des équipes, soutien à la mer et intégration à des navires adaptés. Dans un espace sous-marin où les infrastructures civiles et les intérêts militaires se croisent, la faculté d’agir à plusieurs milliers de mètres de profondeur devient un outil de souveraineté autant qu’un défi industriel.

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