La France devrait commander un deuxième porte-avions de nouvelle génération d’ici à 2029 pour disposer durablement d’un groupe aéronaval mobilisable. C’est la recommandation formulée par le député Yannick Chenevard dans son avis budgétaire consacré à la Marine nationale, enregistré à l’Assemblée nationale le 22 octobre 2026. Le parlementaire défend la construction d’un navire jumeau du futur France Libre, appelé à remplacer le Charles de Gaulle en 2038.
La proposition porte sur une décision d’équipement encore à prendre, et non sur une commande déjà passée. Elle intervient alors que la Marine nationale prépare la succession de son unique porte-avions nucléaire et que les études officielles sur le coût d’une seconde unité sont attendues en 2028.
Un porte-avions indisponible environ un tiers du temps
Le rapport chiffre la disponibilité du Charles de Gaulle à 63 %. Les arrêts techniques intermédiaires, les opérations de maintenance et les grandes rénovations immobilisent périodiquement le bâtiment, parfois pendant de longs mois. Son prochain arrêt technique majeur doit débuter en 2027, avec un retour à l’activité opérationnelle prévu en mars 2029.
Pour Yannick Chenevard, deux porte-avions permettraient d’alterner les périodes de maintenance et de disponibilité. L’objectif est de conserver une capacité de projection aéronavale mobilisable en cas de crise. Il ne s’agit pas, dans le scénario qu’il privilégie, de maintenir en permanence deux groupes aéronavals à la mer.
Le député examine aussi la prolongation du Charles de Gaulle après 2038. Une telle option nécessiterait notamment de vérifier l’état des cuves de ses réacteurs et des structures de la coque. Un quatrième arrêt technique majeur pourrait coûter deux milliards d’euros pour quelques années supplémentaires de service, selon les éléments recueillis lors de ses auditions. L’évaluation définitive dépendra des contrôles prévus pendant la prochaine grande rénovation.
Une économie de 30 % avancée pour le second navire
La construction d’un navire jumeau du France Libre bénéficierait, selon le rapporteur, des études déjà financées pour le premier exemplaire et d’effets de série sur les chaufferies nucléaires, les équipements et la coque. Il estime que son coût pourrait être inférieur d’environ 30 % à celui du premier bâtiment, hors infrastructures. Ce pourcentage est une appréciation parlementaire, pas un devis industriel arrêté.
Le document de la commission de la Défense souligne l’importance du calendrier des Chantiers de l’Atlantique, à Saint-Nazaire. Enchaîner la construction des deux navires préserverait les économies attendues ; l’intercalation d’un paquebot dans le programme industriel pourrait les réduire. Le rapporteur préconise une décision rapide et juge pertinent de commencer la construction du deuxième bâtiment en 2029, afin de décaler les cycles d’entretien des deux unités.
À Toulon, l’accueil du France Libre exige déjà de nouveaux aménagements portuaires. Le rapport estime qu’un second navire n’imposerait pas la création d’un deuxième bassin, mais nécessiterait un quai supplémentaire, dont une partie des préparatifs pourrait être intégrée aux travaux en cours.
Douze Rafale Marine et deux Hawkeye supplémentaires envisagés
Le scénario d’une permanence de l’alerte ne supposerait pas de doubler tous les moyens d’escorte. Le rapport envisage de répartir frégates, sous-marins et ravitailleurs selon les besoins, à condition d’adapter notamment l’organisation des équipages des frégates de défense aérienne.
En revanche, les contraintes de maintenance et d’entraînement des aéronefs pourraient justifier une flottille supplémentaire de douze Rafale Marine et l’acquisition de deux avions de guet aérien Hawkeye. Ces besoins restent des hypothèses capacitaires, liées au niveau d’activité que les armées décideraient d’assurer.
Les études prévues par la loi de programmation militaire doivent fournir au Parlement, en 2028, une estimation des coûts de conception, de construction, d’entretien, de personnel et d’infrastructures d’un éventuel second porte-avions. La recommandation de Yannick Chenevard ouvre ainsi un choix budgétaire et stratégique majeur, au moment où le chantier du France Libre mobilise déjà la filière navale française.








