Sur un incendie, les minutes comptent autant que les tonnes d’eau. La rapidité d’un appareil à rejoindre le front des flammes, à écoper puis à repartir conditionne son utilité pour les équipes au sol. C’est à cette équation opérationnelle que veut répondre Hynaero avec le Fregate-F100, un futur avion amphibie dont le développement vient de recevoir un appui industriel de poids : celui du groupe italien Leonardo.
Les deux entreprises ont annoncé, le 25 octobre 2026, la signature d’un protocole d’accord. Leonardo pourrait participer à la conception et à la fabrication de structures majeures, notamment le fuselage ou les ailes, mais aussi aux travaux d’ingénierie, d’essais et de certification. À ce stade, il ne s’agit ni d’une commande d’avions ni d’un contrat définitif de production. Pour les services de secours, l’intérêt est ailleurs : l’arrivée d’un industriel expérimenté pourrait aider le projet français à franchir le long chemin qui sépare la planche à dessin de la piste.
Un appareil pensé pour les rotations au-dessus du feu
Conçu pour emporter jusqu’à 10 000 litres d’eau, le Fregate-F100 vise une capacité supérieure à celle des Canadair actuellement utilisés en France, capables d’écoper environ 6 000 litres. La différence est importante, mais elle ne suffit pas à mesurer l’efficacité d’un bombardier d’eau. Tout dépend de la distance au point d’écopage, de la cadence des rotations, de la météo, du relief et de la possibilité de larguer au plus près des besoins des sapeurs-pompiers. Les performances annoncées par Hynaero devront encore être éprouvées en vol.
La Sécurité civile française dispose aujourd’hui de douze Canadair et de huit Dash 8, auxquels s’ajoutent des avions de coordination et d’autres moyens mobilisables selon les crises. Les premiers prélèvent l’eau sur un plan d’eau ; les seconds sont chargés au sol. Ces moyens sont complémentaires, comme le sont les appareils et les unités engagés sur le terrain. Un avion plus imposant ne saurait, à lui seul, compenser l’absence de points d’eau accessibles, la violence des vents ou les contraintes de sécurité imposées aux équipages.
Une promesse qui doit encore passer l’épreuve du réel
L’État ne mise d’ailleurs pas sur un seul programme : en juin 2026, il a commandé deux nouveaux Canadair afin de renforcer la flotte nationale. Hynaero indique pour sa part bénéficier de lettres d’intention de la Sécurité civile et de deux opérateurs privés. Ces manifestations d’intérêt ne valent pas commandes fermes.
Quant aux délais, ils restent à consolider : les informations diffusées à l’occasion de l’accord avec Leonardo évoquent un premier vol en 2030 et une entrée en service en 2031, tandis qu’un communiqué d’Hynaero de mars 2026 situait les premiers essais au début de 2031 et les premières livraisons à la fin de 2032.
Dans la lutte contre les feux de forêt, la question n’est donc pas de remplacer demain les Canadair par un avion encore virtuel. Elle est de préparer, dès aujourd’hui, les capacités qui seront nécessaires à la prochaine décennie. Le rapprochement franco-italien constitue une étape dans cette préparation ; les essais, la certification et les choix des services de secours diront s’il en devient un instrument décisif.








