Le groupe américain Anduril accélère son implantation industrielle en Europe. Après avoir conclu un accord pour assembler puis produire le missile de croisière Barracuda-500M en Pologne, l’entreprise étudie désormais la possibilité d’y fabriquer également sa nouvelle famille de missiles intercepteurs Steelfin. Une stratégie qui répond à la hausse des besoins en Défense aérienne et à la volonté des Européens de sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement.
Anduril veut faire de l’Europe une base industrielle pour ses nouveaux missiles
Les enseignements tirés de la guerre en Ukraine ont remis la question des stocks de missiles au premier plan. Les armées occidentales doivent pouvoir intercepter des drones, des missiles de croisière ou des armes balistiques sans épuiser rapidement des munitions particulièrement coûteuses et longues à fabriquer. C’est précisément sur ce marché qu’Anduril souhaite positionner Steelfin, une nouvelle famille de missiles sol-air dévoilée le 12 octobre 2026. Selon les informations recueillies par Reuters, source à l’origine de l’annonce sur une éventuelle fabrication européenne, le groupe américain envisage désormais de travailler avec des industriels et des gouvernements européens pour produire ces intercepteurs sur le continent. La Pologne figure en première ligne. Brian Moran, vice-président d’Anduril pour l’Europe, a confirmé à l’agence que l’entreprise souhaitait étudier une coopération avec Varsovie et son industrie de Défense. Aucune décision définitive de production de Steelfin en Pologne n’a toutefois encore été annoncée.
Steelfin doit commencer ses essais en vol en 2027. Anduril présente son missile comme une architecture modulaire pouvant être adaptée à plusieurs niveaux de menace. Selon les données techniques publiées par l’entreprise, les différentes configurations doivent pouvoir affronter des missiles de croisière, des missiles balistiques, certaines menaces hypersoniques ainsi que des aéronefs pilotés ou non pilotés. Le système est également conçu pour fonctionner avec des équipements déjà déployés. Anduril cite notamment le lanceur Patriot M903A2, le système vertical Mk 41 ou encore Typhon, ainsi que des architectures de commandement comme Aegis et IBCS. L’objectif est donc de renforcer la Défense aérienne existante sans imposer systématiquement la création d’un nouvel écosystème. Le fabricant insiste également sur une conception pensée pour la production en série et sur la possibilité d’adapter le missile plutôt que de redessiner entièrement une nouvelle arme pour chaque menace. Il serait toutefois prématuré de présenter Steelfin comme un remplaçant du Patriot : Anduril le décrit plutôt comme une capacité complémentaire susceptible d’augmenter le nombre d’intercepteurs disponibles à un coût mieux adapté à certaines missions.
La Pologne devient une tête de pont industrielle d’Anduril en Europe
Cette perspective ne part pas de zéro. Anduril et la Pologne ont déjà engagé la production européenne du Barracuda-500M, un missile de croisière autonome de longue portée destiné à être lancé depuis le sol. Le 6 juillet 2026, Polska Grupa Zbrojeniowa, sa filiale Wojskowe Zakłady Lotnicze n°2 et Anduril ont signé à Bydgoszcz un accord prévoyant d’abord l’assemblage, puis la production du système sur le territoire polonais. Le ministère polonais de la Défense évoque une portée supérieure à 900 kilomètres. Le projet prévoit également d’augmenter progressivement la part des composants provenant de Pologne et d’Europe. Varsovie ambitionne ainsi de ne plus se limiter au rôle d’acheteur d’armements américains. La Pologne veut développer ses capacités de production, acquérir des compétences technologiques et sécuriser l’approvisionnement de son armée. Un accord complémentaire présenté lors du sommet de l’OTAN à Ankara prévoit par ailleurs d’associer les États-Unis, la Pologne, l’Estonie et la Lettonie autour des Barracuda-500M, avec la Pologne appelée à devenir le principal centre européen de production du système.
La stratégie d’Anduril en Pologne illustre ainsi une transformation plus large du marché européen de la Défense. Il ne s’agit plus seulement d’importer des équipements conçus et fabriqués aux États-Unis. Les gouvernements européens réclament davantage de production locale, de maintenance sur leur territoire et de maîtrise de leurs chaînes logistiques. L’OTAN pousse elle-même ses membres à développer leur base industrielle et à accélérer la production d’armements, alors que les Alliés se sont engagés à porter progressivement leurs investissements de Défense à un niveau beaucoup plus élevé d’ici 2035. Cette localisation a néanmoins un prix. La multiplication des sites, le transfert de compétences et l’intégration de fournisseurs européens peuvent augmenter les coûts et ralentir les premières livraisons. C’est l’un des arbitrages soulignés par Anduril auprès de Reuters. Mais pour Varsovie, située sur le flanc oriental de l’OTAN, cette dépense supplémentaire peut aussi être considérée comme le coût de la souveraineté industrielle. Après le Barracuda-500M, une production européenne du Steelfin renforcerait encore cette tendance : la Pologne pourrait devenir non seulement l’un des principaux acheteurs européens d’armes américaines, mais aussi l’un des lieux où la prochaine génération de missiles conçus aux États-Unis sera directement fabriquée.








