Hydrocarbures russes : l’Europe finance la machine de guerre du Kremlin

La Russie affirme avoir vendu pour 320 milliards de dollars d’hydrocarbures à l’Union européenne depuis 2022, malgré les sanctions.

Publié le
Lecture : 3 min
ukraine-russie-affirme-abattu-596-drones-ukrainiens
Hydrocarbures russes : l’Europe finance la machine de guerre du Kremlin © Armees.com

Le vice-Premier ministre russe de l’Énergie, Alexandre Novak, a dévoilé un chiffre gênant pour Bruxelles le 12 octobre : depuis l’invasion de l’Ukraine en février 2022, l’UE a acheté pour 320,7 milliards de dollars d’hydrocarbures à la Russie, soit environ 286 milliards d’euros.

Lors d’une intervention télévisée, Novak a précisé que sur les neuf premiers mois de 2026, les pays européens ont encore acheté pour 21,3 milliards de dollars de ressources énergétiques russes. « Malgré les sanctions, nous continuons à fournir des ressources énergétiques dans certains secteurs », a-t-il affirmé avec satisfaction.

Cette annonce coïncide avec l’arraisonnement par la marine française, au large de La Réunion, d’un pétrolier suspecté d’appartenir à la « flotte fantôme » russe, transportant illégalement du carburant. Moscou a dénoncé une « violation flagrante des normes internationales », qualifiant l’opération d’« acte de piraterie ».

Bruxelles conteste les chiffres russes

En réaction aux déclarations de Novak, la Commission européenne a publié ses propres données le 13 octobre, nettement inférieures à celles de Moscou. Bruxelles estime à environ 197 milliards d’euros, soit 209 milliards de dollars, ses importations d’hydrocarbures russes depuis février 2022, un écart de près de 80 milliards d’euros avec les chiffres russes.

Plusieurs facteurs expliquent cet écart : différences dans les périodes de référence, méthodes de calcul divergentes et achats indirects non comptabilisés par la Russie, via des pays tiers comme l’Inde, la Turquie ou la Chine.

Maria Demertzis, économiste à l’European University Institute, tempère la dépendance actuelle : « La majorité de ces achats ont eu lieu juste après l’invasion russe, avant que l’UE ne mette en place ses sanctions. Aujourd’hui, ces achats sont bien plus réduits », a-t-elle déclaré à La Libre Belgique.

Une dépendance gazière en recul, mais persistante

Avant l’invasion, le gaz russe représentait environ 45 % des importations de l’UE, une proportion désormais réduite à environ 12 %, selon Charlotte de Montpellier, économiste chez ING. Cette diminution ne fait pas disparaître complètement la dépendance résiduelle.

Thierry Bros, expert en énergie et climat à Sciences Po Paris, rappelle qu’en 2021, l’Europe dépendait à 40 % du gaz russe, en grande partie à cause de l’Allemagne. Sortir de cette dépendance est complexe et prendra des années.

Aujourd’hui, seulement 2 % du pétrole importé en Europe provient de Russie, acheminé par oléoduc vers la Hongrie et la Slovaquie, exemptées de sanctions. En revanche, le gaz naturel liquéfié (GNL) russe continue de fournir les ménages et industries européens. L’Europe a réduit ses importations par gazoduc, mais s’est partiellement tournée vers le GNL transporté par navire.

Les zones d’ombre des produits raffinés et de la flotte fantôme

La traçabilité des produits raffinés issus du pétrole brut russe reste floue. Bien que leur importation soit interdite par les sanctions européennes, une partie du pétrole russe est raffinée en Inde avant d’être réexportée en Europe. Maria Demertzis confirme que la transformation des produits rend difficile la détermination de leur origine exacte lorsqu’ils reviennent sur le marché européen.

Pour contourner les sanctions, Moscou utilise une « flotte fantôme » de navires échappant aux contrôles. L’arraisonnement du pétrolier DF Peak par la France illustre ces pratiques. Emmanuel Macron a affirmé que le navire était « suspecté de naviguer sous un faux pavillon ».

Un financement indirect mais réel de l’effort de guerre

L’Union européenne finance-t-elle la guerre de Poutine en Ukraine ? Les experts consultés estiment que les hydrocarbures vendus par des entreprises russes contribuent au budget de l’État russe, et donc à l’effort de guerre. Cependant, cette contribution est limitée par les sanctions européennes, selon Charlotte de Montpellier.

La ministre suédoise des Affaires étrangères, Maria Malmer Stenergard, a souligné que les achats européens de produits russes dépassent l’aide apportée à l’Ukraine. Elle propose d’utiliser les avoirs russes gelés pour augmenter le soutien à l’Ukraine.

L’UE a prévu une sortie progressive des hydrocarbures russes, interdisant les importations de GNL à court terme et prévoyant un embargo total d’ici 2027. Cependant, la crise énergétique actuelle complique ce calendrier. Les réserves de gaz sont inférieures aux attentes, limitant la capacité de l’Europe à faire face à de nouvelles sanctions.

Laisser un commentaire

Share to...