UAV Show : à Bordeaux, drones civils et militaires prêts au décollage

À l’occasion de l’UAV Show 2026 à Bordeaux, une étude de l’Observatoire des armements interroge le développement des drones à double usage et le soutien public accordé à la filière en Nouvelle-Aquitaine.

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À l’occasion de l’UAV Show 2026 à Bordeaux, une étude de l’Observatoire des armements interroge le développement des drones à double usage et le soutien public accordé à la filière en Nouvelle-Aquitaine. ChatGPT
À l’occasion de l’UAV Show 2026 à Bordeaux, une étude de l’Observatoire des armements interroge le développement des drones à double usage et le soutien public accordé à la filière en Nouvelle-Aquitaine. ChatGPT | Armees.com

Le marché des drones professionnels connaît une transformation rapide. Réunis à Bordeaux du 7 au 9 octobre 2026, industriels, chercheurs, institutions et acteurs de la Défense présentent des technologies dont les applications sont de plus en plus souvent duales. Dans ce contexte, une étude publiée par l’Observatoire des armements questionne le rôle de la Région Nouvelle-Aquitaine dans l’accompagnement de cette industrie et la porosité croissante entre marchés civils et militaires.

Le marché des drones bascule vers des technologies de plus en plus duales

L’UAV Show 2026 illustre à lui seul l’évolution du secteur. Organisé à Bordeaux, le salon professionnel rassemble cette année plus d’une centaine d’exposants et vise environ 4 000 professionnels. Les drones aériens y côtoient désormais des systèmes terrestres et maritimes autonomes. Le rendez-vous accueille aussi bien des industriels que des opérateurs civils, des chercheurs, des institutions publiques, des services de sécurité ou des représentants des forces armées. Aerospace Valley présente d’ailleurs explicitement l’édition 2026 comme un événement consacré aux usages civils, de Défense et « duals ». Les deux premières journées, les 7 et 8 octobre, sont consacrées aux rencontres professionnelles au Palais 2 l’Atlantique. Une journée de démonstrations est organisée le 9 octobre à l’aérodrome de Sainte-Hélène. Cette évolution commerciale est déjà très visible dans la composition du salon. Selon les données communiquées avant l’événement par le directeur de Bordeaux Technowest et rapportées par Aerobuzz, environ 60% des entreprises présentes en 2026 sont orientées vers la Défense, 25% développent des activités civiles et militaires et 15% restent principalement positionnées sur les usages civils.

Cette montée en puissance des applications militaires ne signifie pourtant pas la disparition des marchés civils. Les drones sont utilisés pour l’agriculture, l’inspection d’infrastructures, la cartographie, le secours, la surveillance environnementale ou encore les opérations maritimes. La Région Nouvelle-Aquitaine présente ainsi à l’UAV Show plusieurs innovations régionales liées notamment au sauvetage côtier, aux technologies sous-marines et à la propulsion. Mais les briques technologiques nécessaires à ces applications peuvent être proches de celles recherchées par la Défense : autonomie, communications sécurisées, intelligence artificielle, navigation sans GPS, essaims de drones, systèmes embarqués ou résistance au brouillage. C’est précisément cette capacité à transférer les innovations d’un secteur à l’autre qui donne au marché des drones son caractère stratégique. L’UAV Show s’est d’ailleurs fortement développé dans cette direction depuis l’édition 2025. Cette dernière avait enregistré une hausse de 50% de sa fréquentation et une progression de 62% de la surface de stands, selon les données relayées par plusieurs acteurs de la filière. Le succès de cette formule a contribué au passage du salon d’un rythme bisannuel à un rendez-vous annuel.

L’Observatoire des armements questionne le soutien public à la filière

C’est dans ce contexte que l’Observatoire des armements a publié, le 6 octobre 2026, une étude intitulée « La filière drone en Nouvelle-Aquitaine, une région arrimée à l’industrie de l’armement ». Cette note de vingt pages a été réalisée dans le cadre du Réseau de surveillance des entreprises d’armement. Elle examine plusieurs entreprises du secteur et les dispositifs publics ayant accompagné leur développement. L’association défend une lecture critique de cette politique. Elle considère que la frontière entre innovations civiles et militaires est devenue suffisamment poreuse pour justifier davantage de transparence sur la destination des technologies soutenues, leurs clients et leurs éventuelles exportations. L’Observatoire s’interroge notamment sur le rôle joué par la collectivité régionale lorsque des technologies initialement développées pour des marchés civils trouvent ensuite des applications militaires. Ces conclusions doivent toutefois être replacées dans leur contexte : elles expriment l’analyse d’une organisation engagée sur les questions de désarmement et ne constituent pas une appréciation consensuelle de l’ensemble de la filière.

La stratégie économique régionale assume de son côté clairement l’existence de technologies duales. La Nouvelle-Aquitaine se présente comme la troisième région française dans le secteur aéronautique, spatial et Défense, avec plus de 550 établissements industriels et plus de 40.000 emplois industriels directs. Elle revendique également une position de premier plan dans l’aéronautique de Défense. La filière régionale des drones bénéficie d’un écosystème constitué autour d’entreprises, de centres d’essais comme CESA Drones, de structures de certification et de travaux de recherche sur les essaims de drones. Le cluster AETOS avait été créé dès 2010 pour accompagner cette activité. En avril 2026, la Région a par ailleurs renouvelé ses partenariats avec la Direction générale de l’armement et l’Agence de l’innovation de Défense, en affirmant vouloir développer les innovations duales et renforcer les entreprises appartenant à la base industrielle et technologique de Défense. Le débat soulevé à Bordeaux dépasse donc largement le seul salon UAV Show. Il porte sur la manière dont une technologie civile devient une capacité stratégique, sur la destination des financements publics et sur le niveau de contrôle qui doit accompagner l’essor des drones. Entre impératifs industriels, souveraineté technologique, marchés civils et besoins de la Défense, la filière néo-aquitaine se trouve désormais au cœur d’un arbitrage économique et politique qui devrait continuer à prendre de l’importance.

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