Financement du Hamas : la DGSI démantèle un réseau de 2 millions de dollars

La DGSI a démantelé un réseau de financement du Hamas ayant collecté 2 millions de dollars via deux associations humanitaires françaises entre 2020 et 2026. Cinq personnes, dont les présidents des associations Baraka et Ensemble C Mieux, ont été mises en examen le 2 octobre 2026 après une enquête du Pnat ouverte en avril. L’affaire révèle les défaillances du système de surveillance français face aux transferts en cryptomonnaies et la dépendance aux renseignements américains.

Publié le
Lecture : 3 min
Financement du Hamas : la DGSI démantèle un réseau de 2 millions de dollars
Financement du Hamas : la DGSI démantèle un réseau de 2 millions de dollars © Armees.com

Entre avril et octobre 2026, les services de renseignement français ont démantelé un réseau de financement du Hamas qui opérait depuis six ans en utilisant des associations humanitaires. Faouzi B., président de l’association Baraka située à Saint-André-de-Cubzac en Gironde, a été incarcéré le 6 octobre après sa mise en examen. Avec quatre autres personnes, dont Amel O., présidente de l’association « Ensemble C Mieux » à Saint-Étienne, il est accusé d’avoir détourné 2 millions de dollars vers la branche armée du mouvement islamiste palestinien. Cela soulève la question de l’efficacité des dispositifs de détection du Parquet national antiterroriste (Pnat) et de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI).

Un réseau actif pendant six ans avant d’être détecté

Le réseau utilisait une méthode classique d’infiltration dans le secteur humanitaire. Selon l’Office of Foreign Assets Control (OFAC), « de 2020 à 2026, Faouzi B., Amel O. et Saleem al-Zaq, membre de la branche armée du Hamas, ont collecté plus de deux millions de dollars pour le mouvement islamiste palestinien, dont 1,5 million après l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023 ». Les trois quarts des fonds ont été collectés après cette attaque, malgré une surveillance internationale accrue.

L’enquête a débuté le 21 avril 2026 par le Pnat. Cinq mois après, les premières mises en examen ont eu lieu le 2 octobre 2026, jour où les autorités américaines ont placé Faouzi B. et Amel O. sur liste noire. Après leur garde à vue à la DGSI et l’ouverture d’une information judiciaire, Faouzi B. a été placé en détention provisoire le 6 octobre, tandis qu’Amel O. a été placée sous contrôle judiciaire. Le Figaro note que Nordine B., frère de Faouzi, et deux autres personnes ont également été mises en examen pour financement du terrorisme et blanchiment.

Défaillances dans la surveillance française

Nathalie Goulet, sénatrice spécialisée dans le financement du terrorisme, explique sur Sud Radio que les associations humanitaires bénéficient d’une présomption de légitimité, ce qui complique la détection des fraudes. Les comptes publiés ne révèlent pas toujours les destinataires finaux des virements internationaux. De plus, la DGSI manque d’effectifs pour surveiller les nombreuses associations actives au Proche-Orient.

L’usage des cryptomonnaies complique encore le contrôle. Contrairement aux virements bancaires, les transactions en cryptoactifs échappent à la traçabilité immédiate. Une fois converties à l’étranger, notamment dans des zones hors coopération judiciaire, le suivi devient impossible. Bien que la DGSI possède des compétences en analyse blockchain, leur déploiement est limité face au nombre de transactions suspectes.

Coopération franco-américaine : un atout crucial

La collaboration entre Washington et Paris a été cruciale. Le 2 octobre 2026, l’OFAC et le ministère de la Justice américain ont placé Faouzi B. et Amel O. sur liste noire, en coordination avec leur mise en examen en France. Cette synchronisation a été facilitée par le partage d’informations, les services américains disposant de capacités de surveillance financière supérieures. Le rôle de l’OFAC a été déterminant pour fournir des preuves au Pnat. Sans cette coopération, le réseau aurait pu continuer ses activités plus longtemps. Actu.fr souligne que l’association Baraka opérait discrètement depuis une petite commune de 12 000 habitants.

Renforcer la traçabilité des fonds humanitaires

Trois vulnérabilités du dispositif antiterroriste français sont mises en lumière. Premièrement, le manque de contrôle systématique des associations collectant pour l’étranger permet des activités illicites prolongées. Deuxièmement, les cryptomonnaies offrent une échappatoire aux mécanismes de Tracfin. Troisièmement, la dépendance aux renseignements américains souligne un déficit capacitaire français en surveillance financière internationale. Le Pnat et la DGSI doivent renforcer leur surveillance du secteur humanitaire, surtout après les événements du 7 octobre 2023 qui ont multiplié les collectes « pro-Gaza ». Les six ans d’activité du réseau Baraka soulignent la nécessité de combler ces lacunes pour éviter l’émergence de nouveaux réseaux. La dissolution du Hamas à Gaza ne résout pas le problème des financements extérieurs, essentiels pour les organisations terroristes. L’enjeu est d’améliorer la détection précoce et d’adapter les méthodes pour prévenir de futures menaces.

Laisser un commentaire

Share to...