Jo Nagai, 10 ans et élève japonais : il a prouvé que les papillons gardent en mémoire leur vie de chenille

Un garçon de 10 ans, une odeur de lavande et des papillons qui se souviennent de leur vie de chenille. Sa découverte fait vaciller une certitude scientifique vieille de plusieurs décennies.

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Jo Nagai, 10 ans et élève japonais : il a prouvé que les papillons gardent en mémoire leur vie de chenille
Jo Nagai, 10 ans et élève japonais : il a prouvé que les papillons gardent en mémoire leur vie de chenille © Armees.com

Jo Nagai a 10 ans. Cet élève de CM2 à l’école élémentaire Ibuki East, à Kobe, a mené des expériences sur des papillons machaons asiatiques dont les résultats suggèrent que des souvenirs formés au stade de chenille pourraient survivre à la métamorphose complète de l’insecte, raconte le Times of India. Une hypothèse qui va à l’encontre d’une conviction scientifique ancienne : celle d’un système nerveux entièrement reconstruit dans la chrysalide, effaçant toute trace de mémoire antérieure.

Boursier de la Son Masayoshi Philanthropic Foundation, une fondation qui soutient les jeunes talents à travers le pays, Jo Nagai observe les insectes depuis la petite enfance. Il aurait rempli des centaines de pages manuscrites de notes sur leur comportement. Son ambition, dit-il, n’est pas de faire carrière dans l’entomologie mais de devenir vétérinaire.

Des papillons qui revenaient se poser sur sa main

Alors en CE1, il a cherché des réponses en ligne et découvert les travaux de Martha Weiss, entomologiste à l’université de Georgetown, qui avait déjà étudié si des papillons de nuit conservaient des souvenirs de leur stade de chenille. Jo lui a écrit une lettre de quatre pages pour lui demander comment adapter son protocole.

La chercheuse lui a répondu, donnant naissance à un mentorat à distance destiné à transformer une expérience de laboratoire complexe en un dispositif réalisable à la maison.

Une odeur de lavande associée à une vibration

Le protocole s’est déroulé avec du matériel domestique. Pendant leur stade de chenille, les insectes ont été exposés à une odeur d’huile essentielle de lavande, associée à une légère vibration produite par un appareil de thérapie musculaire, un stimulus désagréable mais non blessant. Un groupe témoin, lui, n’a reçu aucun conditionnement.

Une fois la métamorphose achevée, Jo a testé les papillons adultes dans un labyrinthe en forme de Y, avec la lavande d’un côté et l’absence d’odeur de l’autre. Résultat : le groupe témoin s’est réparti à égalité entre les deux branches, tandis qu’environ 70 % des papillons conditionnés ont évité le côté parfumé à la lavande. De quoi suggérer que des souvenirs formés avant la métamorphose avaient traversé la transformation.

Jo ne s’est pas arrêté là. Il a fait reproduire les papillons conditionnés et testé leur descendance, jusqu’aux petits-enfants. Selon ses observations, ces générations suivantes montraient elles aussi une tendance accrue à éviter l’odeur de lavande, alors qu’elles n’avaient jamais subi le conditionnement initial.

L’écolier avance l’hypothèse d’une hérédité épigénétique transgénérationnelle, un mécanisme par lequel des expériences vécues par un organisme influenceraient les générations suivantes sans toucher à la séquence de l’ADN. Les scientifiques restent prudents : il s’agit d’une observation préliminaire, qui nécessitera une réplication indépendante avant d’être considérée comme une preuve établie.

Jo a consigné l’ensemble de sa démarche dans un rapport de 33 pages, puis présenté ses résultats devant des entomologistes professionnels lors du Congrès international d’entomologie organisé à Kobe en 2024. Martha Weiss s’y est déplacée pour le retrouver, pendant qu’elle échangeait avec des experts venus du monde entier.

Le travail n’a toutefois pas encore été publié dans une revue à comité de lecture, ce qui signifie qu’il devra passer l’épreuve de tests indépendants avant d’intégrer le savoir scientifique reconnu.

L’usage d’un stimulus vibratoire sur les chenilles a suscité des interrogations en ligne sur le plan éthique. Ses défenseurs répondent que la méthode visait à déclencher une réaction défensive naturelle, sans intention de nuire aux insectes.

Interrogée dans le podcast Signal Hill, Martha Weiss a raconté que Jo lui avait confié ne pas vouloir devenir entomologiste en grandissant, mais vétérinaire.

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