ONU : Macron et Netanyahu s’affrontent sur la menace du Hamas en Cisjordanie

Le meurtre d’un colon franco-israélien le 21 septembre et les propos d’Emmanuel Macron à l’ONU sur l’absence du Hamas en Cisjordanie déclenchent une crise diplomatique avec Israël. Au-delà de la polémique, ce débat révèle deux lectures opposées de la menace sécuritaire dans un territoire où les Nations Unies recensent 6 incidents violents quotidiens.

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ONU : Macron et Netanyahu s'affrontent sur la menace du Hamas en Cisjordanie
ONU : Macron et Netanyahu s’affrontent sur la menace du Hamas en Cisjordanie © Armees.com

Le 21 septembre 2026, Netanel Shukrun, père de six enfants et colon franco-israélien, est abattu par un tireur palestinien en Cisjordanie, juste avant Yom Kippour. Le lendemain, Emmanuel Macron déclare à l’Assemblée générale de l’ONU que « le Hamas n’a jamais sévi en Cisjordanie ». Cette déclaration provoque la colère de Jérusalem et ravive un débat stratégique majeur sur l’étendue réelle des activités du Hamas en dehors de Gaza. Au-delà de la controverse diplomatique, ce débat met en lumière des divergences fondamentales sur l’évaluation de la menace et sur les doctrines de sécurité israéliennes.

Présence du Hamas en Cisjordanie : un débat sur les réalités opérationnelles

Depuis 2007, le Hamas contrôle Gaza après avoir évincé le Fatah. En Cisjordanie, sous l’administration de l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas, le Hamas n’a pas de pouvoir institutionnel. Cependant, les services de renseignement israéliens signalent l’existence de cellules dormantes et de réseaux clandestins dans plusieurs villes comme Jénine, Naplouse et Hébron. Ces structures recrutent, collectent des fonds et préparent des attaques contre les forces israéliennes et les colons. L’armée israélienne effectue régulièrement des raids pour démanteler ces cellules, arrêtant de nombreux suspects affiliés au Hamas chaque mois. La différence entre gouvernance territoriale et présence opérationnelle est au cœur du différend franco-israélien.

L’assassinat de Netanel Shukrun illustre la capacité d’acteurs armés à agir en Cisjordanie. L’armée israélienne a rapidement arrêté le tireur palestinien à l’hôpital, puis mené un raid dans son village. Bien que l’affiliation de l’assaillant reste à confirmer, Jérusalem attribue souvent de telles attaques au Hamas ou au Jihad islamique. Le bureau du Premier ministre Benyamin Netanyahu a dénoncé les propos de Macron comme « absurdes », affirmant que « le Hamas mène des attaques quotidiennes en Cisjordanie ». Cette perception renforce l’idée d’une menace structurée, même sans contrôle territorial.

Un diplomate français a précisé que Macron voulait dire que le Hamas ne gouverne pas en Cisjordanie, pas qu’il n’y a aucune activité. Cette distinction est cruciale pour les analystes militaires. Gouverner implique des institutions et une administration, tandis qu’opérer nécessite des réseaux et une idéologie. En Cisjordanie, le Hamas ne contrôle aucune ville mais dispose de sympathisants et de combattants. Gadi Eisenkot, ancien commandant militaire et actuel chef du parti Yash Atid, a critiqué Macron sur les réseaux sociaux, rappelant les nombreuses opérations antiterroristes contre le Hamas chaque mois.

Violence en escalade : incidents quotidiens et implications stratégiques

Jusqu’à la mi-2026, les Nations Unies ont rapporté en moyenne 6 incidents violents par jour en Cisjordanie, liés aux colons israéliens visant des Palestiniens ou leurs biens. Ces statistiques, basées sur des rapports d’ONG et d’observateurs internationaux, incluent des jets de pierres, des incendies de champs et des destructions de maisons. Israël conteste ces chiffres, dénonçant un biais anti-israélien et une sous-estimation des attaques palestiniennes. Pourtant, même les données israéliennes montrent une augmentation des violences depuis l’attaque du 7 octobre 2023, qui a causé une riposte militaire à Gaza.

Les incidents violents en Cisjordanie ne sont pas tous attribuables au Hamas. Des groupes affiliés au Fatah, comme les Brigades des martyrs d’Al-Aqsa, mènent aussi des attaques. Des jeunes Palestiniens agissent parfois seuls. Chez les Israéliens, des colons radicaux mènent des expéditions punitives en représailles. Cette fragmentation complique l’attribution des violences et nourrit les divergences d’interprétation. Pour Israël, le Hamas reste la menace principale, même si l’assaillant n’est pas formellement identifié comme membre du groupe. Pour les Palestiniens et certains observateurs internationaux, la violence des colons est une menace ignorée par les chancelleries occidentales.

Différentes perceptions sécuritaires entre Macron et Netanyahu

Lors de son discours à l’ONU, Emmanuel Macron a plaidé pour une solution à deux États et critiqué la situation humanitaire à Gaza. En déclarant que le Hamas ne sévit pas en Cisjordanie, il cherchait à différencier Gaza, contrôlée par le Hamas depuis 2007, de la Cisjordanie sous l’Autorité palestinienne. Cette déclaration a offensé Israël, qui y a vu une négation de sa réalité sécuritaire. Netanyahu doit s’exprimer à l’ONU ce jeudi pour répondre à Macron, dans un contexte de tensions ravivées par l’initiative de reconnaissance d’un État palestinien par Paris en 2025.

Pour l’armée israélienne, la menace du Hamas en Cisjordanie justifie une présence militaire continue, des raids nocturnes et un contrôle strict. Si la communauté internationale minimise cette menace, Israël craint une délégitimation de ses opérations antiterroristes. Mike Huckabee, ambassadeur américain en Israël, a décrit le discours de Macron comme « déconnecté de la réalité » sur le réseau X. Bezalel Smotrich, ministre israélien des Finances, a aussi critiqué Macron. Ces réactions montrent un fossé croissant entre la perception israélienne d’une menace constante et la volonté européenne de distinguer les responsabilités politiques et sécuritaires en Cisjordanie. Le débat diplomatique masque une question stratégique cruciale : comment évaluer une menace asymétrique sans territoire ni armée conventionnelle, mais capable de frapper régulièrement ?

Le débat sur la présence du Hamas en Cisjordanie oppose deux visions stratégiques. Israël considère le Hamas comme une menace opérationnelle justifiant une vigilance extrême. La France distingue la gouvernance territoriale de l’activité clandestine pour maintenir l’Autorité palestinienne comme interlocuteur légitime. Les incidents quotidiens recensés par l’ONU montrent une violence multiforme, où colons radicaux et groupes armés palestiniens se confrontent dans un cycle incessant. Le discours de Netanyahu ce jeudi précisera la doctrine israélienne face aux critiques, alors que l’escalade régionale complique toute perspective de désescalade. La mort de Netanel Shukrun souligne que, derrière les débats diplomatiques, des civils continuent de mourir dans un conflit qui dure depuis des décennies.

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