Interruption des exportations saoudiennes vers l’Europe
L’Arabie saoudite a décidé de réduire drastiquement ses exportations de pétrole vers l’Europe après que des attaques de drones ont gravement endommagé son principal oléoduc vers la mer Rouge. Selon des sources commerciales consultées par Reuters, le royaume a informé ses clients européens de l’annulation de certaines cargaisons prévues pour septembre 2024, entraînant la suspension des chargements au port de Yanbu. Sur le marché physique européen, les prix des cargaisons ont dépassé les 120 dollars le baril.
Ces attaques, attribuées par Riyad à une milice irakienne, ont forcé la fermeture de l’oléoduc Est-Ouest, une voie stratégique utilisée depuis six mois pour éviter les conséquences de la fermeture du détroit d’Ormuz. Saudi Aramco, la compagnie pétrolière nationale, n’a pas commenté la situation, alimentant les spéculations sur la durée de l’interruption.
Usage de cargaisons « fantômes »
La suspension des exportations via la mer Rouge contraint l’Arabie saoudite à envisager l’exportation de pétrole par le détroit d’Ormuz, en utilisant des cargaisons « fantômes » — une méthode déjà employée par les Émirats arabes unis et l’Irak — consistant à éteindre les transpondeurs des navires pour éviter leur détection, selon des sources commerciales. Cette approche risquée pourrait cependant ne pas suffire à maintenir les niveaux d’exportation nécessaires.
Zonebourse rapporte que l’Arabie saoudite pourrait bientôt ne plus être en mesure d’exporter de grandes quantités de brut. Florence Schmit de Rabobank souligne l’incertitude quant à la quantité de brut pouvant être redirigée vers le golfe Persique, précisant que les stocks de Yanbu couvrent environ une semaine d’approvisionnement.
Les « cargaisons fantômes » ont permis aux producteurs du Golfe d’exporter entre 7 et 9 millions de barils par jour, couvrant seulement 30 à 40 % des volumes d’avant-guerre, ce qui reste insuffisant pour la demande mondiale, exacerbant la pression sur les prix.
Conséquences sur les marchés pétroliers
L’arrêt des approvisionnements saoudiens a immédiatement fait bondir les prix du pétrole. Les contrats à terme sur le Brent s’échangent désormais à près de 108 dollars le baril, et les prix sur le marché physique européen atteignent des niveaux record. Le Brent daté, une référence clé, est autour de 122 dollars le baril selon LSEG, un rappel des tensions de précédentes crises pétrolières.
Le 8 septembre, le prix du Brent avait déjà atteint 99,46 dollars après des attaques des rebelles houthis du Yémen. Goldman Sachs a averti que le prolongement du conflit pourrait faire grimper le Brent au-delà de 120 dollars.
Selon Vortexa, l’Arabie saoudite a chargé 22 millions de barils de pétrole sur 12 navires à Ras Tanura et Juaymah durant la semaine du 7 au 13 septembre 2024, un effort pour compenser les pertes dues à la fermeture de l’oléoduc Est-Ouest, bien que restant insuffisant.
La Pologne en quête d’alternatives
La Pologne, particulièrement touchée, cherche activement des alternatives. La société pétrolière polonaise Orlen s’efforce de trouver du pétrole brut en mer du Nord et ailleurs pour remplacer les importations saoudiennes, Aramco étant son principal fournisseur depuis 2022, avec 40 % de son approvisionnement.
Orlen, tout en refusant de commenter des transactions spécifiques, a déclaré qu’elle gérait activement son portefeuille d’approvisionnement. Concrètement, elle a récemment acheté du pétrole brut de la mer du Nord et a lancé des appels d’offres pour d’autres qualités, telles que le WTI Midland américain et le CPC Blend kazakh.
Le port de Gdansk en Pologne a reçu environ 160 000 barils par jour de brut saoudien depuis le début de l’année, tandis que Butinge en Lituanie en a reçu 63 000 barils par jour. Orlen et ses filiales doivent donc sécuriser rapidement de nouvelles sources d’approvisionnement pour leurs raffineries en Pologne, Lituanie et République tchèque.
Réparations complexes de l’oléoduc
La réparation de l’oléoduc Est-Ouest s’annonce longue et complexe. Janiv Shah de Rystad Energy mentionne que le conflit au Moyen-Orient alimente déjà la hausse des prix du brut et que la perte de cet oléoduc est une contrainte majeure supplémentaire. Les images satellites montrent des dommages importants qui pourraient retarder le redémarrage.
Une station de pompage avait déjà été attaquée en avril, rétablie en sept jours, mais la situation actuelle semble plus grave. L’ensemble de l’oléoduc devra être testé sous pression après réparation. L’Arabie saoudite n’a pas encore communiqué sur l’ampleur des dégâts ou un calendrier de réouverture, mais l’Associated Press évoque une interruption de « plusieurs semaines ».








