Le gouvernement veut accompagner 100.000 recrutements dans l’industrie de Défense d’ici 2030. Cette mobilisation répond à la hausse des commandes militaires et au vieillissement des salariés. Elle intervient aussi au moment où l’automobile française perd des emplois. Les compétences industrielles de cette filière pourraient ainsi alimenter une partie des besoins, sans garantir une reconversion automatique.
La Défense transforme ses commandes en besoins de compétences
L’objectif annoncé est considérable. Le 15 septembre 2026, le ministre du Travail et des Solidarités, Jean-Pierre Farandou, a présenté un plan national pour l’emploi dans l’industrie de Défense. Son lancement s’est déroulé sur le site de MBDA à Selles-Saint-Denis, dans le Loir-et-Cher. Le choix du lieu est symbolique. Le missilier européen augmente fortement ses capacités pour répondre à la demande en intercepteurs, missiles antichars et armes de longue portée. MBDA indique avoir doublé sa production entre 2023 et 2025. Le groupe prévoit une nouvelle progression de 40% en 2026 et 2 .800 embauches sur l’année. À l’échelle nationale, les 100.000 recrutements annoncés d’ici 2030 ne représentent cependant pas autant de créations nettes. Environ 70.000 embauches doivent compenser des départs à la retraite. Le reste répond notamment à la montée des cadences et à l’élargissement des capacités industrielles. La base industrielle et technologique de Défense représente déjà près de 220.000 emplois directs et indirects. L’enquête EDIS du ministère des Armées évaluait également à 40 milliards d’euros le chiffre d’affaires militaire réalisé en 2021 par les entreprises françaises de l’industrie et des services.
Le défi est désormais de rapprocher ces besoins des personnes disponibles. La Dares, France Travail et le ministère des Armées ont recensé 411 métiers au sein de l’industrie de Défense. Les tensions touchent notamment l’usinage, l’électronique, la maintenance, les automatismes, le montage mécanique et le travail des métaux. Ces fonctions ne nécessitent pas toutes un diplôme d’ingénieur. Elles réclament néanmoins une formation technique précise. Le gouvernement prévoit donc d’orienter, en 2027, 15.000 préparations opérationnelles à l’emploi individuelles vers les besoins de la Défense, sur les 25.000 prévues pour l’ensemble de l’industrie. France Travail mobilisera 595 agences dans neuf régions prioritaires. Une équipe nationale composée de 30 spécialistes doit également accompagner les entreprises à partir du 1er décembre 2026. Elle complétera l’action de milliers de conseillers sensibilisés aux caractéristiques de la filière. En parallèle, des feuilles de route doivent être préparées pour 27 bassins d’emploi avant la fin janvier 2027. Les préfets devront coordonner les industriels, les organismes de formation et les collectivités. La question dépasse en effet le simple recrutement. Les difficultés de logement, de transport, de garde d’enfants ou d’emploi du conjoint peuvent empêcher l’arrivée de salariés dans certains territoires industriels. Une première démarche régionale lancée en Auvergne-Rhône-Alpes vise déjà à attirer les candidats, adapter les formations et sécuriser les parcours.
L’automobile devient un vivier industriel, mais pas une solution immédiate
Cette accélération contraste avec la situation de l’automobile. L’étude d’origine doit être précisément identifiée. Il s’agit du document de travail de l’Insee n° 2026-04, publié en février 2026 par Hugo Camille, Swann Chelly et Raphaël Lafrogne-Joussier sous le titre « La filière automobile entre 2010 et 2023 : Anatomie d’une chute ». Les auteurs évaluent à 33 % la baisse des effectifs de la filière en treize ans. L’emploi est passé de 425.500 à 286.800 équivalents temps plein, soit une diminution de 138.700 postes. Chez les constructeurs, le recul atteint 35%. Les fournisseurs ont perdu 32% de leurs effectifs. L’Insee explique cette évolution par plusieurs mouvements simultanés. Certaines entreprises ont cessé leur activité. D’autres ont quitté la filière automobile. Les sociétés restées présentes ont aussi réduit leurs équipes. Les fournisseurs les plus dépendants de l’automobile ont été les plus exposés. Leur risque de fermeture s’est révélé supérieur à celui des entreprises plus diversifiées. Cette contraction apparaît d’autant plus marquante que l’emploi des établissements appartenant aux mêmes secteurs industriels, mais travaillant hors de la filière automobile, a légèrement progressé de 1,6% sur la période.
La Défense peut offrir des débouchés à certaines entreprises et à certains salariés de l’automobile. Les passerelles concernent la production en série, l’usinage, les moteurs électriques, la logistique, le contrôle qualité ou l’assemblage. Plusieurs coopérations concrétisent déjà cette évolution. Renault Group et Thales ont conclu un partenariat autour de la munition téléopérée Toutatis. Les deux groupes évoquent une capacité industrielle pouvant atteindre 1.000 unités par mois dès 2027. Valeo doit, de son côté, concevoir et fabriquer en France des moteurs électriques de drones pour Harmattan AI. Forvia a reçu une commande portant sur environ 500 drones intercepteurs et veut mobiliser ses méthodes d’assemblage à grande échelle. Ces projets montrent que le savoir-faire automobile peut accélérer la production militaire. Ils ne suffiront toutefois pas à absorber mécaniquement les pertes d’emplois de la filière. Les implantations géographiques ne coïncident pas toujours. Les volumes restent différents. Les normes de sécurité, la traçabilité et les procédures de qualification imposent aussi des adaptations. Le plan gouvernemental repose donc moins sur un transfert massif que sur une diversification progressive. Son succès dépendra de la continuité des commandes, de la capacité à former rapidement les candidats et de l’engagement des PME qui composent l’essentiel du tissu industriel de Défense.








