Mercator abandonnée : la France adopte une nouvelle projection cartographique

La France abandonne officiellement la projection Mercator au profit d’Eckert IV, tandis que l’ONU encourage Equal Earth. Pourtant, aucune carte ne peut restituer fidèlement la planète.

Publié le
Lecture : 2 min
mercator-abandonnee-france-adopte-nouvelle-projection-cartographique
Mercator abandonnée : la France adopte une nouvelle projection cartographique © Armees.com

Une décision aux implications géopolitiques

Le 4 septembre 2026, la France a officiellement annoncé son abandon de la projection de Mercator pour les cartes diplomatiques. Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères, a déclaré que si changer de carte ne modifie pas le monde, corriger une représentation qui le déforme est un pas vers la vérité. Cependant, aucune projection ne peut représenter parfaitement la Terre sur une surface plane. La nature sphérique de notre planète implique des compromis et des distorsions.

D’après Stéphane Larue, la France opte désormais pour la projection d’Eckert IV, tandis que l’Assemblée générale des Nations unies a encouragé l’utilisation de la projection Equal Earth, adoptée par 164 voix contre une. Ces deux projections visent à restituer fidèlement les superficies terrestres, avec une attention particulière sur l’Afrique.

L’héritage de Mercator : précision pour la navigation

Conçue par Gerardus Mercator au XVIe siècle, cette projection n’avait pas pour but de représenter les superficies avec précision, mais de faciliter la navigation en conservant les angles et les caps. Elle est encore utilisée aujourd’hui pour la navigation aérienne et maritime grâce à sa capacité à maintenir des angles constants, bien que cela entraîne des distorsions, notamment aux pôles.

L’ONU précise que la projection Equal Earth n’interdit pas l’usage de Mercator, qui reste indispensable pour certaines applications techniques.

Les limites des projections cartographiques

La Terre, étant un géoïde, ne peut être représentée sur un plan sans distorsions. Chaque projection doit choisir entre angles, distances, superficies ou formes. La projection Equal Earth, favorisée par l’ONU, respecte les superficies mais modifie les formes. De même, la projection d’Eckert IV, adoptée par la France, préserve les superficies tout en altérant les formes géographiques. Ces choix reflètent des jugements politiques autant que scientifiques.

Un nom révélateur : Equal Earth

Le nom « Equal Earth » suggère une projection plus juste, bien que Mercator n’ait jamais été conçue pour hiérarchiser les continents. La déclaration de Jean-Noël Barrot soulignant la correction des distorsions cartographiques traduit davantage une sensibilité géopolitique qu’une quête de vérité scientifique. La résolution onusienne, portée par le Togo, présente cette correction comme un acte de justice cognitive.

Réactions internationales et enjeux éducatifs

Les États-Unis ont voté contre la résolution onusienne, qualifiant la projection Equal Earth de projet idéologique radical. Six pays se sont abstenus, invoquant des préoccupations territoriales comme l’Ukraine avec la Crimée.

La question de l’adoption de nouvelles projections se pose aussi pour l’éducation et les plateformes numériques. La transition vers Equal Earth ou Eckert IV nécessiterait des investissements techniques importants et pourrait perturber les utilisateurs habitués à Mercator.

Une évolution progressive déjà amorcée

Ce changement ne survient pas brusquement. Depuis 2021, la France a progressivement réduit l’usage de Mercator dans ses cartes diplomatiques. Toutefois, cette projection reste pertinente dans certains contextes, notamment pour les cartes de navigation autour de l’équateur.

Un enjeu géopolitique contemporain

L’abandon de Mercator par la France et l’ONU s’inscrit dans un contexte où la cartographie devient un enjeu de pouvoir symbolique. La campagne « Correct the Map » a illustré la pression politique entourant ce changement. Les nouvelles projections répondent à d’autres impératifs et visions du monde, reflétant des ambitions différentes. Comme l’a rappelé Jean-Noël Barrot, changer de carte ne change pas le monde, mais influence notre perception et hiérarchisation de celui-ci, soulignant ainsi l’enjeu politique de cette évolution cartographique.

Laisser un commentaire

Share to...