Le ministère croate de la Défense a annoncé, le 4 septembre 2026, avoir été autorisé à commander dix-huit lance-roquettes multiples (LRM) de type K239 Chunmoo auprès du sud-coréen Hanwha Aerospace. Selon BFMTV, le montant de la transaction s’élève à 435,2 millions d’euros hors taxes.
Deux contrats distincts seront signés par Zagreb : l’un avec Hanwha Aerospace pour la livraison des dix-huit systèmes et de leurs munitions, l’autre avec le groupe polonais WB Electronics pour un système de commandement et de contrôle baptisé « TOPAZ ».
Le délai de livraison annoncé, entre 24 et 36 mois, est jugé assez court pour ce type de matériel.
Le chef du gouvernement croate, Andrej Plenković, a estimé que cet achat représente, après le Rafale, l’un des investissements les plus importants et les plus significatifs dans la modernisation de l’armée croate depuis la fin de la guerre d’indépendance. La Croatie avait acquis douze avions de chasse français Rafale en 2021.
Plenković a ajouté que son pays investit dans ses capacités de défense « non pas pour menacer qui que ce soit, mais pour dissuader toute menace, garantir la sécurité de ses citoyens, de son territoire et de ses intérêts nationaux, et ainsi contribuer à la sécurité et à la défense collectives de l’Europe ».
Le ministre de la Défense Ivan Anušić a de son côté évoqué une « capacité d’appui-feu précise et efficace, que ce soit à courte, moyenne ou longue portée ».
Le K239 Chunmoo, lance-roquettes modulaire, peut tirer différents types de roquettes et de missiles capables d’atteindre une cible entre 36 et 300 km. Selon le ministère croate de la Défense, il permet un appui-feu rapide et flexible, de la neutralisation de cibles tactiques jusqu’à des opérations sur des cibles stratégiques de grande valeur en profondeur du déploiement ennemi.
En Europe, il a déjà été commandé par la Norvège, où il était en concurrence avec le HIMARS américain, ainsi que par l’Estonie et la Pologne.
Cette commande s’ajoute à celle de huit lance-roquettes HIMARS de fabrication américaine, dont la livraison est prévue en 2028. En 2025, la Croatie a consacré 2,08 % de son PIB à la défense, soit 1,93 milliard d’euros.
Un dossier relancé depuis 2015
Zagreb tentait d’acquérir ce type d’arme depuis longtemps. En 2015, la Croatie avait manifesté auprès des États-Unis l’intention d’acheter des LRM M270 MLRS ainsi que des missiles balistiques tactiques ATACMS d’une portée de 300 km. Le quotidien Jutarnji list avait alors jugé que ces armes « bouleversaient complètement l’équilibre militaire dans la région », certains analystes redoutant une course aux armements avec la Serbie. L’armée croate n’avait finalement pas obtenu les M270 destinés à remplacer ses systèmes M-92 Vulkan et APR-40, devenus obsolètes.
En 2024, la Croatie était revenue à la charge auprès de l’administration américaine, cette fois pour des HIMARS, via le dispositif des ventes militaires à l’étranger. En août 2024, l’agence américaine chargée des exportations d’équipements militaires avait recommandé au Congrès d’accepter la vente de huit HIMARS pour un montant estimé à 390 millions de dollars, soit 352 millions d’euros selon le taux de change de l’époque. Zagreb n’avait cette fois pas demandé de missiles ATACMS.
Le choix du LRM sud-coréen tiendrait au fait que les États-Unis ne sont actuellement pas en mesure de fournir ces mêmes missiles ATACMS que la Croatie voulait probablement acquérir. L’exportation du missile PrSM, d’une portée avoisinant les 500 km, n’est pas non plus possible pour l’instant.
Cette décision d’acquérir rapidement des K239 Chunmoo s’explique aussi par la commande, passée par la Serbie, de lance-roquettes PULS auprès de l’israélien Elbit Systems. En juillet 2026, lors du sommet de l’OTAN à Ankara, le président croate Zoran Milanović s’était déjà inquiété de la montée en puissance militaire de son voisin : « J’ai évoqué les récents développements de la Serbie en matière d’armement. […] à quoi lui sert tout cela ? […] nous devrons réagir en développant nous-mêmes des capacités similaires. »
Les missiles qu’il qualifiait alors d’hypersoniques sont en réalité des missiles supersoniques chinois de type CM-400AKG, selon une précision apportée par la rédaction du texte source.








