Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a averti l’aviation civile internationale et les partenaires de Kiev, mardi 1er septembre, que les drones ukrainiens rendraient dangereuse toute utilisation de l’espace aérien russe, rapporte BFMTV. Quelques heures plus tard, le président russe Vladimir Poutine a qualifié cet avertissement de « terrorisme d’État ».
Zelensky s’exprimait dans une allocution vidéo, au lendemain d’une frappe russe massive de missiles et de drones sur Kiev et sa région qui a fait douze morts, dont un ressortissant indien, selon un bilan actualisé par le président ukrainien. « Le ciel russe devient extrêmement dangereux », a-t-il lancé, ajoutant qu’« il y aura des drones ukrainiens dans le ciel russe tant que la guerre continuera ».
Ces derniers mois, Kiev a intensifié ses frappes de drones contre des entrepôts logistiques, des sites pétroliers et des installations portuaires en Russie et dans les territoires occupés.
Le président ukrainien s’est voulu prudent sur le sort des civils, affirmant que l’Ukraine ne voulait pas que des vies innocentes soient perdues et avertissant ses partenaires que les jours sûrs dans le ciel russe étaient révolus. Il a précisé que le ciel russe était destiné aux drones et non à l’aviation civile, et averti « toutes les compagnies aériennes qui utilisent l’espace aérien russe, tous les assureurs et tous ceux qui desservent encore les principaux aéroports russes ».
Poutine évoque des « terroristes » avec qui on ne négocie pas
Vladimir Poutine a réagi lors d’une conférence de presse à l’issue du sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai au Kirghizstan, retransmise par l’agence russe TASS. Pour lui, la déclaration ukrainienne relève du terrorisme d’État. « Ils nous demandent de reprendre les négociations, ils demandent des rencontres en personne, mais on ne négocie pas avec les terroristes », a-t-il déclaré.
Le président russe a reconnu que les frappes ukrainiennes avaient causé des dégâts, notamment sur des raffineries, surtout parce qu’elles n’étaient pas protégées. Il a annoncé une mesure destinée à renforcer la sécurité des infrastructures russes d’importance critique, avant de mettre en garde : « Si de telles tragédies se produisent, nous saurons comment répondre. »
Kiev prêt à des pauses ciblées « au nom de la diplomatie »
Zelensky a laissé une porte ouverte. L’Ukraine se dit prête à suspendre ses attaques et à ne pas perturber les vols à des périodes spécifiques et pour des destinations spécifiques, si un partenaire le demande, au nom de la diplomatie et des négociations. Selon lui, la sécurité reviendra dans le ciel de Russie […] lorsque commencera un véritable mouvement vers la paix.
Un précédent existe déjà : Zelensky a révélé, dans une publication sur X mardi soir, que l’Ukraine avait suspendu ses frappes vers Moscou et Saint-Pétersbourg du 25 au 27 août 2026, à la demande des États-Unis. Cette période coïncidait avec une visite à Moscou, longtemps tenue secrète, du patron de la CIA John Ratcliffe.
Le président ukrainien a aussi évoqué « une autre puissance » ayant demandé l’interruption des frappes sur l’extrême orient russe, sans donner davantage de précisions. Les efforts diplomatiques sous médiation américaine sont eux au point mort depuis l’éclatement de la guerre au Moyen-Orient, même si Poutine a assuré que les émissaires de Donald Trump, Jared Kushner et Steve Witkoff, restaient toujours les bienvenus en Russie, décrits comme des gens sincères qui essaient de mettre du concret dans le travail diplomatique.
Ukraine is a country of peace. And we truly respect the fact that our partners want to help bring this war to an end. We support every such effort. When the Americans asked us to pause strikes on Moscow and St. Petersburg on August 25, 26, and 27, we observed that pause. There… pic.twitter.com/wck56fwMUR
— Volodymyr Zelenskyy / Володимир Зеленський (@ZelenskyyUa) September 1, 2026
Moscou promet de protéger le trafic aérien
Le ministre russe des Transports, Andreï Nikitine, cité par l’agence Interfax, a assuré mercredi 2 septembre que Moscou ne laisserait pas l’Ukraine perturber l’aviation civile. « Nous avons des solutions pour toutes les menaces proférées par les terroristes », a-t-il affirmé, précisant travailler avec le ministère de la Défense et la Garde nationale.
Plusieurs compagnies chinoises, turques ou du Golfe continuent pourtant de desservir Moscou et Saint-Pétersbourg, souvent comme étape vers des destinations asiatiques plus lointaines. La société britannique de conseil en risques aériens Osprey Flight Solutions a alerté ses clients : la majorité des frappes devrait rester à moins de 300 kilomètres de la frontière russo-ukrainienne, mais des attaques quotidiennes en profondeur, y compris près de Moscou, devraient se poursuivre au moins jusqu’à la fin de l’année 2026, avec une possibilité réaliste que leur fréquence augmente, et un risque d’erreurs d’identification dans les zones liées au conflit.
Le précédent du vol MH17 de Malaysia Airlines, abattu en 2014 au-dessus de l’Ukraine par un obus russe tiré depuis un territoire séparatiste, avait fait 298 morts et valu à la Russie d’être jugée responsable par l’ONU. En 2025, Poutine avait lui-même reconnu la responsabilité de son pays dans le crash d’un avion d’Azerbaijan Airlines survenu en 2024, alors que la défense antiaérienne russe agissait contre des drones ukrainiens au-dessus de Grozny.
L’Allemagne accuse Moscou d’une attaque au drone à Leipzig
Sur un autre front, l’Allemagne a accusé officiellement la Russie d’avoir envoyé début août 2026 un drone chargé d’explosifs vers l’aéroport de Leipzig, plateforme militaire clé pour l’armée allemande, l’OTAN et le soutien logistique à l’Ukraine. Le ministre allemand de l’Intérieur, Alexander Dobrindt, a affirmé mardi que les enquêtes policières et les informations des services de renseignement démontraient une responsabilité russe.
En conséquence, le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, a annoncé la fermeture du consulat général de Russie à Bonn au 18 septembre 2026 et la résiliation du contrat de la Maison russe à Berlin, en accord avec le chancelier Friedrich Merz. Berlin va aussi proposer d’inscrire de nouveaux ressortissants russes sur les listes de sanctions européennes.
Emmanuel Macron a exprimé sur X sa pleine solidarité avec l’Allemagne, estimant que « ces attaques hybrides se multiplient en Europe » et « ne peuvent rester sans réponse ». Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a assuré que l’Alliance se tenait « pleinement » aux côtés de Berlin.
En marge d’une réunion des ministres de la Défense de l’UE en Irlande, la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas a affirmé que la Russie cherchait à dissuader l’UE de soutenir l’Ukraine, « mais elle n’y arrivera pas ».








