L’armée de l’Air et de l’Espace prévoit d’affecter en permanence un avion de transport A400M Atlas dans la zone du Pacifique à l’horizon 2030. La décision a été confirmée le 19 août 2026 par l’armée de l’Air et de l’Espace, ainsi que par le Commandement pour le Pacifique (CPP) dans une publication sur LinkedIn.
Le Pacifique préféré à l’océan Indien
Le ministère des Armées aurait finalement jugé qu’un A400M serait plus utile dans le Pacifique que dans l’océan Indien. La version initiale de la loi de programmation militaire 2024-2030 prévoyait, à l’horizon 2030, une couverture permanente d’A400M dans l’océan Indien, au bénéfice notamment des forces armées dans la zone sud de l’océan Indien.
La version actualisée, tout juste promulguée, n’en parle plus. Elle réaffirme en revanche la priorité donnée à la protection des outre-mer face aux risques sécuritaires et aux menaces hybrides de déstabilisation, avec un renforcement des moyens régaliens permanents et la poursuite de la modernisation des équipements adaptés à chaque territoire.
Une ambition affichée depuis octobre 2024
L’idée d’un A400M en permanence outre-mer n’est pas nouvelle. En octobre 2024, lors d’une audition parlementaire, le général Jérôme Bellanger, chef d’état-major de l’armée de l’Air et de l’Espace, avait confirmé ce projet. Il expliquait alors que l’ambition consistait à renforcer d’abord la présence outre-mer par des passages plus réguliers et plus longs d’A400M, coordonnés avec les commandements supérieurs des forces de souveraineté, pour aboutir à terme à un détachement permanent. Son prédécesseur avait pourtant émis des réserves sur le maintien en condition opérationnelle d’un tel dispositif.
Depuis le retrait des derniers Transall C-160, les forces de souveraineté ne disposent plus, pour le transport aérien, que de CASA CN-235 et d’hélicoptères Puma. Un rapport parlementaire d’octobre 2022 avait pointé la fragilité de la capacité de projection et de l’appui logistique dans ces zones, faute d’avion à long rayon d’action et à capacité d’emport significative.
Il était possible de solliciter des A400M en renfort, mais avec un préavis de 48 heures, jugé trop long en cas de crise nécessitant une réaction rapide.
Dans le Pacifique, l’appareil a déjà fait plusieurs passages. Un A400M s’est rendu en Nouvelle-Calédonie en février 2026, a participé à l’exercice Marara 26 en juin, puis a opéré une semaine en Polynésie française, du 1er au 8 août 2026.
L’armée de l’Air et de l’Espace estime que ces déploiements successifs illustrent la montée en puissance des capacités de projection françaises dans la région et renforcent le rapprochement entre les forces armées en Polynésie française et celles de Nouvelle-Calédonie.
Sur le terrain, l’écart de performance avec le CASA CN-235 est net. L’A400M relie Tahiti à Nouméa en 6 heures, contre plus de 12 heures pour un CASA. Il peut emporter jusqu’à 35 tonnes, soit l’équivalent de 6 CASA, deux véhicules blindés ou 116 parachutistes, avec un rayon d’action de 8 700 kilomètres.
Il est aussi capable de se poser sur des pistes courtes ou sommairement préparées. Reliant Tahiti à Hawaï sans ravitaillement, il facilite en outre la coordination avec les États-Unis. Le CPP y voit, dans sa publication sur LinkedIn, un appareil qui «modernise l’articulation entre les Forces armées en Polynésie française et celles de Nouvelle-Calédonie» et un «atout majeur pour porter secours rapidement aux populations isolées», en complément des hélicoptères H225M Caracal pour les missions humanitaires.
Ces mouvements s’organisent autour du Commandement pour le Pacifique, créé officiellement en janvier 2026 et basé à Papeete. Il coordonne les forces armées en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie française, soit 3 200 militaires au total. La France reste la seule nation européenne à maintenir une présence militaire permanente dans le Pacifique.
Pour accueillir ces appareils, les infrastructures du Groupement aéronautique militaire de Faa’a, en Polynésie française, font l’objet d’un chantier de modernisation mené progressivement par le 25e régiment du génie de l’air. L’objectif est de pouvoir y mettre en œuvre des aéronefs aux caractéristiques variées, du Rafale à l’A330 MRTT en passant par l’A400M.








