L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a annoncé mardi 18 août 2026 la découverte de plusieurs tonnes de matière nucléaire sur un site syrien jamais déclaré, vestige du régime Assad. Rafael Grossi, directeur général de l’organisation onusienne, s’est félicité lors d’une conférence de presse à Damas de la « décision courageuse » des nouvelles autorités, qui ont volontairement signalé l’existence de ces matériaux. « Nous parlons de quelques tonnes de matière nucléaire qui pourraient être utilisées à mauvais escient », a-t-il précisé, ajoutant que ces substances seront placées sous garanties internationales.
Le ministre syrien des Affaires étrangères, Asaad al-Shaibani, a confirmé que Damas avait adressé le 17 juillet 2026 une lettre officielle à l’AIEA pour déclarer « de son propre chef la présence de matières nucléaires sur un site non déclaré dans l’héritage laissé par l’ancien régime ». Selon les évaluations techniques, ces matériaux ne présentent pas de risque immédiat. Ils resteront sous garde nationale syrienne tout en étant soumis au système de garanties de l’Agence.
Deux sites inspectés, dont Deir ez-Zor fermé depuis 18 ans
Les inspecteurs de l’AIEA ont visité deux emplacements distincts : le premier à Deir ez-Zor, dans l’est du pays, fermé depuis 2008, et un second lié aux matières nucléaires récemment signalées par la Syrie. Le site de Deir ez-Zor, également connu sous le nom d’Al-Kibar, fait l’objet d’une surveillance internationale depuis près de deux décennies. En 2007, l’aviation israélienne avait mené un raid secret contre cette installation. Israël n’a reconnu publiquement l’opération qu’en 2018, soit onze ans après les faits.
Moins d’un an après la frappe, en 2008, des responsables américains accusaient la Syrie d’avoir tenté de construire un réacteur nucléaire clandestin et confirmaient qu’Israël l’avait détruit. L’AIEA a déclaré en 2011 que le site syrien était « très probablement » un réacteur nucléaire, ajoutant que les informations fournies suggéraient qu’il avait été construit avec l’assistance de la Corée du Nord. Rafael Grossi a souligné que la visite actuelle « valide l’évaluation de longue date de l’AIEA selon laquelle une installation nucléaire était construite en secret ».
Des particules d’uranium détectées lors d’une inspection en 2024
L’Agence avait annoncé l’année dernière avoir découvert des particules d’uranium sur le site lors d’une inspection menée en 2024. Pierre Razoux, directeur académique de l’institut français FMES, estime que les matières nucléaires découvertes mardi sont « très probablement liées au programme nucléaire syrien, interrompu en 2007 après le raid israélien sur le site d’Al-Kibar ». L’expert n’exclut toutefois pas que la Syrie détienne également des matériaux dont l’Irak s’est débarrassé au début des années 2000.
Le directeur général de l’AIEA a précisé que des travaux « très complets d’excavation et d’exploration » sont actuellement en cours sur le site de Deir ez-Zor. Rafael Grossi a ajouté : « Nous commençons à tourner une page, et tourner une page ne signifie pas oublier le passé. » Des experts syriens et de l’AIEA collaboreront pour stocker ces matières en toute sécurité, a-t-il indiqué.
Le « Site 99 » sous surveillance israélienne
La visite de Rafael Grossi intervient après que le média Axios a rapporté la semaine dernière, citant des responsables américains et israéliens, que Washington et l’AIEA étaient parvenus à un accord pour retirer les matières nucléaires stockées sur un site clandestin en Syrie, après avoir « conclu des accords de principe avec la Syrie et Israël ». Axios indiquait qu’Israël surveillait étroitement un emplacement baptisé « Site 99 », où, selon des responsables israéliens, le gouvernement Assad stockait des matières nucléaires liées au projet de Deir ez-Zor. L’État hébreu aurait menacé de bombarder l’installation.
La Syrie n’est pas connue pour détenir des stocks opérationnels de matière nucléaire destinés à un programme d’armement. Néanmoins, les révélations de l’AIEA confirment l’existence d’un héritage nucléaire non négligeable du régime Bachar al-Assad, renversé fin 2024. Le président syrien, qui avait dirigé le pays pendant près de 25 ans, a fui en Russie lorsque les forces d’opposition ont pris Damas, mettant fin à des décennies de règne du parti Baas.
Transparence affichée du gouvernement de transition
Depuis la chute du régime Assad, les nouvelles autorités syriennes, dirigées par le président Ahmed al-Sharaa, se sont engagées à coopérer avec l’AIEA pour traiter l’héritage des activités nucléaires menées sous des décennies de règne de la famille Assad. Le ministre des Affaires étrangères Asaad Hassan al-Shaibani a affirmé que la coopération avec l’AIEA avait atteint un stade avancé, soulignant que Damas abordait l’héritage nucléaire de l’ancien régime avec une transparence totale.
Al-Shaibani a déclaré que la « nouvelle Syrie » recherchait un engagement constructif avec la communauté internationale pour résoudre les questions en suspens. Rafael Grossi a exprimé sa gratitude aux autorités syriennes pour leur engagement à travailler avec l’Agence, précisant que les efforts conjoints garantiraient que les activités nucléaires de la Syrie ne soient plus associées au développement d’armes. Le chef de l’AIEA a assuré que l’organisation maintiendrait un inventaire complet de ces matériaux afin de garantir leur stockage et leur sécurisation conformément aux normes internationales.
La transparence affichée par les nouvelles autorités syriennes ouvre la voie à une possible réintégration du pays dans le concert des nations. Toutefois, le chemin sera long et semé d’embûches. La question nucléaire n’est qu’un aspect parmi d’autres des défis auxquels la Syrie doit faire face pour tourner la page d’un demi-siècle de dictature et de conflits.








