L’or dépasse les 4 000 dollars l’once. Les investisseurs chinois achètent massivement. Les matières premières stratégiques s’envolent. Pendant ce temps, la France continue de planifier ses dépenses de défense comme si le monde de 2015 existait encore. Un luxe qu’un pays endetté à 3 460 milliards d’euros ne peut plus se permettre.
4 000 $
Le plancher désormais établi pour l’once d’or, soutenu par les achats institutionnels chinois — signal d’une défiance mondiale envers les monnaies et d’une course aux réserves stratégiques.
Quand l’or parle, les états-majors devraient écouter
L’or ne ment pas. Quand il s’installe durablement au-dessus de 4 000 dollars l’once, c’est que quelque chose de fondamental s’est fissuré dans l’architecture financière mondiale. Les investisseurs chinois qui rachètent massivement du métal précieux ne le font pas par caprice : ils anticipent, ils se protègent, ils se positionnent. C’est une lecture géopolitique autant que financière.
Or — justement — la France finance sa LPM dans un contexte de taux d’intérêt qui ne ressemblent plus à rien de ce qu’on a connu. Chaque milliard emprunté pour financer nos programmes d’armement coûte aujourd’hui infiniment plus cher qu’en 2019. La charge de la dette française atteint désormais 60 milliards d’euros par an. C’est davantage que le budget annuel des armées. Imaginez un instant ce que représente ce gaspillage structurel : on paie en intérêts l’équivalent d’une armée entière, chaque année, sans obtenir un seul char, un seul avion, une seule frégate en retour.
La hausse du cours des matières premières — or, cuivre, métaux rares — n’est pas anecdotique pour la défense. Elle renchérit directement le coût des programmes d’armement. Le CAESAR, le Rafale, le porte-avions de nouvelle génération : tous intègrent des composants dont les prix suivent les marchés mondiaux. Une LPM calibrée en euros constants de 2022 est déjà, mécaniquement, une LPM qui rétrécit.
La France dépense beaucoup, mais achète de moins en moins
Voici le paradoxe français en matière de défense : on augmente les budgets en valeur nominale, et on se félicite de l’effort consenti. Mais en pouvoir d’achat réel — celui des munitions, des matériaux, des composants électroniques — le compte n’y est plus. L’Allemagne, elle, a tiré la leçon après l’Ukraine : son Sondervermögen de 100 milliards d’euros est fléché avec des critères d’efficacité et d’acquisition rapide. La Suède intègre depuis des années une revue systématique du coût-efficacité de chaque programme. La Suisse, pays neutre, consacre pourtant une part de son PIB à maintenir une armée de milice réellement opérationnelle — et le fait sans se ruiner.
En France, on dépense 58,2% du PIB en dépenses publiques toutes confondues, et pourtant nos armées manquent de stocks de munitions, nos soldats s’équipent parfois à leurs frais, et les délais de livraison des industriels de défense s’allongent faute d’anticipation. Ce n’est pas un problème d’argent brut : c’est un problème de gestion, de priorités et de courage politique.
Souveraineté stratégique ou dette perpétuelle : il faut choisir
La vraie question n’est pas « combien dépense-t-on pour la défense ? ». Elle est : « comment s’assure-t-on que chaque euro dépensé produit réellement de la puissance ? ». Dans un contexte de contrainte budgétaire absolue — et on ne peut plus faire semblant qu’elle n’existe pas —, la souveraineté stratégique suppose des choix radicaux : des programmes évalués sans complaisance, des industriels de défense soumis à de vraies exigences de performance, et une fin des doublons bureaucratiques qui rongent les états-majors.
L’or à 4 000 dollars envoie un message simple : le monde se réarme, se repositionne, et ne croit plus aux promesses des débiteurs. La France est l’un des débiteurs les plus exposés d’Europe occidentale. Il est temps que ses responsables politiques comprennent que la puissance militaire ne se décrète pas — elle se finance sainement, ou elle s’effondre.


