Cinq cents militaires supplémentaires, 1,5 million de masques FFP2, des hélicoptères Caracal en renfort. Pendant que la Gironde brûle, l’armée française est en première ligne — encore. La question que personne ne pose : à quel prix, et avec quel budget ?
2,06 %
Part du PIB consacrée à la défense en France en 2026 — l’objectif OTAN de 2 % vient d’être dépassé, mais les missions, elles, ont explosé bien au-delà.
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L’armée : pompier, soldat, logisticien… et toujours le même budget
On peut se demander ce que révèle vraiment la crise girondine sur l’état de notre appareil militaire. Ce n’est pas tant la mobilisation en elle-même qui interroge — les soldats français font leur travail, avec le professionnalisme qu’on leur reconnaît. C’est ce qu’elle dit en creux : l’armée française est devenue le filet de sécurité universel d’un État qui ne sait plus distinguer ses missions.
Vigipirate, Sentinelle, Barkhane hier, Chammal aujourd’hui, soutien aux outre-mer lors des cyclones, renfort lors des crises sanitaires, et désormais lutte contre les méga-feux. Chaque catastrophe nationale appelle les mêmes hommes, le même matériel, le même budget. Sauf que ce budget, lui, ne se multiplie pas avec les missions.
La Loi de Programmation Militaire 2024-2030 prévoit une montée en puissance à 413 milliards d’euros sur sept ans. C’est historique, c’est acté — et pourtant, c’est peut-être déjà insuffisant si l’on additionne le contrat opérationnel classique, la haute intensité que réclame l’OTAN depuis l’Ukraine, et ces engagements domestiques à répétition qui ne figurent dans aucune case budgétaire précise. Qui finance réellement l’envoi de 500 militaires en Gironde ce week-end ? Sur quelle ligne ? Avec quelle compensation ?
La sécurité civile, borgne à côté de son voisin
Comparer aide à comprendre. L’Allemagne a massivement investi dans son Technisches Hilfswerk, l’équivalent civil de la protection des populations : 80 000 bénévoles formés, des moyens propres, un budget dédié. La Suède a reconstruit depuis 2018 une véritable défense totale, intégrant résilience civile et capacité militaire sans confondre les deux. Le Danemark finance séparément sa gestion de crise et ses armées — et ne pille pas l’une pour renflouer l’autre.
En France, on fait autrement. On dispose d’une Sécurité civile sous-dotée — moins de 15 000 sapeurs-pompiers professionnels d’État, des flottes aériennes vieillissantes — et on compense par l’armée. C’est commode politiquement. C’est désastreux budgétairement. Et c’est dangereux stratégiquement : une armée qu’on mobilise pour éteindre des feux est une armée qu’on n’entraîne pas pour la haute intensité.
Force est de constater que l’annonce de Sébastien Lecornu, aussi nécessaire soit-elle dans l’urgence, illustre un angle mort de notre organisation nationale. On applaudit la réactivité. On évite soigneusement la question du coût et de la cohérence.
Une LPM à tenir, des missions à arbitrer
Le vrai sujet budgétaire, c’est l’arbitrage. La LPM ne peut pas tout absorber. Si l’on décide — et c’est un choix politique légitime — que l’armée doit être mobilisable sur les crises climatiques intérieures, alors il faut le dire clairement, le financer explicitement, et surtout ne pas ponctionner les crédits d’entraînement, de maintien en condition opérationnelle ou de recrutement.
La guerre en Iran fait flamber le pétrole, l’inflation grignote les budgets, et les feux de forêt s’étendent chaque été un peu plus. L’addition arrive. Il est temps que les décideurs politiques la lisent jusqu’au bout — et qu’ils cessent de présenter la facture à une armée déjà à l’étroit dans ses propres ambitions.
L’urgence ne dispense pas de compter.


