Pénurie de puces : la souveraineté technologique n’a pas de prix

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Pénurie de puces : la souveraineté technologique n'a pas de prix
Pénurie de puces : la souveraineté technologique n'a pas de prix | Armees.com

Les États-Unis se déchirent sur les semi-conducteurs chinois pendant qu’Apple quémande des dérogations à Washington. Derrière ce feuilleton industriel américain se cache une leçon brutale que la France refuse encore d’entendre : une armée moderne sans autonomie en composants électroniques, c’est un tigre de papier. Et ça coûte très cher d’avoir été négligent.

**47 milliards €**

Budget annuel de la LPM 2024-2030 — présenté comme historique, mais qui reste inférieur en proportion du PIB à ce que dépensent Polonais, Suédois ou Britanniques pour leur défense.

Semi-conducteurs : l’angle mort de notre LPM

On peut se demander combien de généraux français ont lu, ce week-end, la dépêche du *Financial Times* sur la pénurie de puces électroniques qui étouffe l’industrie américaine. Apple, fleuron mondial de la tech, en est réduit à solliciter des dérogations auprès de l’administration Trump pour s’approvisionner auprès d’entreprises chinoises placées sur liste noire. L’IA glouton en semiconducteurs a tout aspiré, et les chaînes d’approvisionnement craquent.

Ce scénario n’est pas anecdotique pour nos armées. Imaginez un instant : un missile de précision, un drone de reconnaissance, un système de communication chiffré — tout cela embarque des dizaines de puces électroniques. Sans approvisionnement garanti en composants, la meilleure Loi de Programmation Militaire du monde ne produit que des coques vides.

Force est de constater que la LPM 2024-2030, avec ses 413 milliards d’euros sur sept ans, reste largement silencieuse sur la question de la souveraineté en composants critiques. On finance des plateformes. On commande des systèmes. Mais la question de savoir d’où viennent les puces qui font fonctionner tout cela reste prudemment dans l’ombre. C’est l’angle mort le plus dangereux de notre programmation militaire.

Ce que la crise américaine nous enseigne

Les États-Unis dépensent chaque année plus de 800 milliards de dollars pour leur défense — soit vingt fois le budget français. Et pourtant, ils se retrouvent en situation de dépendance technologique vis-à-vis de leur principal rival stratégique. La leçon est cinglante : la quantité de dépense ne suffit pas. La qualité de l’anticipation industrielle est décisive.

La Suède, elle, a compris. Avec moins de 30 000 hommes sous les drapeaux, Stockholm a construit une filière de défense intégrée — Saab en tête — capable d’exporter et de garantir son autonomie sur les composants critiques. Résultat : un rapport efficacité/coût que la France, avec ses 5,7 millions de fonctionnaires et ses structures administratives enchevêtrées, est bien incapable d’atteindre.

On dépense en France 58,2 % du PIB en dépenses publiques. On est à peine à 2 % du PIB pour la défense. Et dans ces 2 %, une part significative part en charges de personnel, en soutien, en bureaucratie des états-majors. Ce qui reste pour l’innovation technologique réelle, pour sécuriser les approvisionnements en composants critiques, ressemble davantage à un filet de sécurité qu’à une ambition industrielle.

Arrêtons de financer les symptômes

La vraie question budgétaire n’est pas « combien dépense-t-on pour la défense ? » mais « combien dépense-t-on utilement ? » Acheter un A400M pour lutter contre les incendies, c’est bien. Savoir d’où viennent les calculateurs de vol embarqués et garantir leur approvisionnement en temps de crise, c’est vital.

La crise des semi-conducteurs qui frappe aujourd’hui Washington frappera demain Paris si rien n’est décidé. Il faut flécher une part explicite de la LPM vers la souveraineté en composants électroniques critiques, en lien direct avec le plan France 2030. Il faut auditer, ligne par ligne, ce que la DGA achète à des fournisseurs extra-européens sans alternative domestique identifiée.

Les gouvernements qui ont le courage de ces choix ne font pas de belles déclarations. Ils font des tableaux Excel sérieux — et ils les respectent.

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