A400M, Arctique, Houthistes : la défense n’est plus optionnelle

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A400M, Arctique, Houthistes : la défense n'est plus optionnelle
A400M, Arctique, Houthistes : la défense n'est plus optionnelle | Armees.com

En une seule semaine d’actualité, trois signaux géopolitiques majeurs nous rappellent que la guerre n’est pas une abstraction réservée aux états-majors. Pendant que la France déploie son A400M contre les flammes en Gironde, ses voisins comptent les pétroliers coulés en mer Rouge et les espions dans les ports arctiques. Le budget militaire n’est pas une charge : c’est une assurance-vie nationale.

3 500

Nombre d’habitants de Kirkenes, le port norvégien sur la route arctique devenu l’un des points stratégiques les plus surveillés d’Europe — et le plus espionné.

L’A400M en Gironde : une polyvalence qui a un prix

Force est de constater que l’appareil qui largue 20 000 litres d’eau en quelques secondes sur les forêts girondines n’a pas été conçu pour ça. L’A400M est un avion de transport militaire stratégique, produit par Airbus Defence & Space, dont le programme a coûté à la France des milliards d’euros et des années de retards. Voir cet appareil transformé en bombardier d’eau grâce à un kit spécifique, c’est d’abord la démonstration d’une vérité industrielle que l’on oublie trop souvent : les équipements militaires sont duaux. Ils servent la guerre, mais aussi la paix.

Ce déploiement en Gironde illustre un argument que je défends depuis longtemps : l’investissement dans les armées n’est pas du gaspillage, c’est de la résilience nationale. Quand la Sécurité civile est débordée, c’est l’armée qui vient en renfort. Quand les routes maritimes sont menacées, c’est la marine nationale qui garantit la liberté de circulation. Ce n’est pas de l’idéologie — c’est de la comptabilité nationale bien comprise. Le vrai scandale ne serait pas de dépenser pour l’A400M. Ce serait de ne pas en avoir eu un seul disponible le jour où on en a besoin.

Mer Rouge et Arctique : deux fronts qui coûtent cher à ignorer

Les houthistes viennent d’attaquer deux pétroliers en mer Rouge. L’Arabie saoudite a répliqué. Derrière ces frappesiranico-yéménites, c’est le détroit de Bab-el-Mandeb, par lequel transitent près de 10 % du commerce maritime mondial, qui est en jeu. Pour la France, pays avec la deuxième plus grande zone économique exclusive au monde, cette instabilité n’est pas une affaire lointaine. Chaque perturbation des routes maritimes se répercute sur nos approvisionnements, nos exportations, notre économie.

Parallèlement, à Kirkenes, dans l’extrême nord de la Norvège, le réchauffement climatique ouvre une nouvelle route maritime arctique. Et avec elle, une ruée aux intérêts contradictoires : Russie, Chine, OTAN se positionnent. 3 500 habitants, des dizaines d’espions. Le Monde le documente avec précision. Ce petit port résume l’équation stratégique du XXIe siècle : les nouvelles routes commerciales sont aussi des nouvelles lignes de front.

Le vrai sujet : une Europe qui doit enfin payer sa sécurité

Le Kazakhstan lui-même presse Poutine de « geler » la guerre en Ukraine. Signal fort d’un allié traditionnel de Moscou. Pendant ce temps, à Washington, on débat d’une pénurie de semi-conducteurs aggravée par les tensions sino-américaines. La chaîne est claire : guerre, ressources, technologies, routes maritimes — tout est lié.

La France dispose d’un outil militaire sérieux. Elle a l’A400M, la dissuasion nucléaire, une marine de premier rang, des services de renseignement reconnus. Mais cet outil exige d’être financé durablement, sans coupes budgétaires dictées par la conjoncture politique. Je pense que la vraie question posée à nos dirigeants n’est pas « combien coûte la défense ? » — mais bien : « combien coûtera l’absence de défense ? »

La réponse, l’Histoire la connaît déjà.

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