À Gaza, la « ligne jaune » se transforme en barrière de terre de plus de 23 kilomètres

Des images satellites montrent qu’Israël édifie à Gaza une longue levée de terre près de la « ligne jaune », renforçant les craintes d’une partition durable.

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Des images satellites montrent qu’Israël édifie à Gaza une longue levée de terre près de la « ligne jaune », renforçant les craintes d’une partition durable. Capture d'écran
Des images satellites montrent qu’Israël édifie à Gaza une longue levée de terre près de la « ligne jaune », renforçant les craintes d’une partition durable. Capture d'écran | Armees.com

Une enquête visuelle de l’Associated Press révèle l’extension rapide d’un ouvrage militaire au cœur de Gaza. Présentée par Israël comme un dispositif de sécurité, cette barrière matérialise une ligne de cessez-le-feu qui devait pourtant rester provisoire.

Une infrastructure militaire qui redessine le terrain à Gaza

La séparation n’existe plus seulement sur les cartes. D’après une enquête publiée le 21 juillet 2026 par l’Associated Press, à partir d’images fournies par Planet Labs, l’armée israélienne a déjà aménagé plus de 23 kilomètres de levées de terre dans la bande de Gaza. Cette longueur représente plus de la moitié des quelque 40 kilomètres du territoire palestinien. Le segment principal forme un tracé presque continu d’environ 17 kilomètres entre la région de Khan Younès et les abords de Gaza-ville.

Les travaux auraient commencé en février. Ils se poursuivent vers le sud, tandis que plusieurs tronçons distincts apparaissent également près de Beit Lahia, au nord, et dans le secteur de Rafah. Les vues satellites montrent une progression particulièrement rapide en juillet. Un ouvrage mesurant environ 500 mètres le 1er juillet atteignait 2,4 kilomètres deux semaines plus tard. La hauteur exacte des talus n’est pas connue. Leur tracé définitif ne l’est pas davantage. AP observe en outre que certaines portions semblent dépasser la « ligne jaune » théorique.

Cette ligne avait été établie lors du cessez-le-feu d’octobre 2025 pour indiquer la zone de repli des forces israéliennes. Elle devait constituer une démarcation temporaire avant de nouvelles étapes de retrait. Sur le terrain, l’armée israélienne avait initialement annoncé un balisage par des blocs en béton surmontés de poteaux jaunes de 3,5 mètres, espacés d’environ 200 mètres et adaptés à la topographie. La nouvelle levée de terre va beaucoup plus loin qu’un simple repère visuel.

Interrogée par AP, l’armée a confirmé la construction d’une barrière physique ainsi que d’une « zone de sécurité » dotée de moyens technologiques et de renseignement. Elle affirme vouloir empêcher des infiltrations, protéger ses soldats et renforcer la Défense des localités israéliennes proches de Gaza. Ses communiqués soutiennent aussi que les opérations conduites à l’est de la ligne visent des tunnels, des lance-roquettes et d’autres infrastructures du Hamas. Aucun calendrier d’achèvement ni tracé complet n’a toutefois été rendu public.

La crainte d’une partition durable de la bande de Gaza

L’enjeu dépasse la seule protection des positions militaires. La majeure partie de la population de Gaza est désormais concentrée à l’ouest de la ligne, dans une bande côtière surchargée où de nombreuses familles vivent sous tente ou dans des bâtiments endommagés. À l’est, dans la zone tenue par l’armée israélienne, les images satellites montrent des destructions massives, de nouveaux axes routiers et des installations militaires établies au milieu de secteurs urbains rasés. Rafah, qui comptait plus de 250.000 habitants avant la guerre, figure parmi les villes les plus touchées.

Israël affirme que les démolitions concernent des infrastructures utilisées par le Hamas. L’extension de la barrière entre Rafah et Al-Mawasi accentue cependant la séparation entre les ruines placées sous contrôle israélien et les vastes camps de déplacés installés plus près du littoral. Si les différents tronçons finissent par se rejoindre, Gaza serait traversée par un obstacle continu sur une grande partie de sa longueur.

Les inquiétudes sont renforcées par de précédentes modifications du marquage. En janvier 2026, Reuters avait analysé des images montrant que certains blocs jaunes avaient été installés ou déplacés de plusieurs dizaines à plusieurs centaines de mètres au-delà du tracé figurant sur les cartes du cessez-le-feu. Dans le quartier d’Al-Tuffah, à Gaza-ville, l’agence avait identifié un déplacement d’environ 200 mètres, suivi de la destruction d’au moins 40 bâtiments. À Khan Younès, d’autres repères apparaissaient jusqu’à 390 mètres au-delà de la ligne représentée. L’armée avait alors invoqué les contraintes du terrain et présenté ses fortifications en terre comme temporaires.

La construction actuelle nourrit donc la crainte que la « ligne jaune » devienne progressivement une frontière de fait, même si aucune décision officielle ne l’a transformée en frontière politique. Cette évolution intervient dans un cessez-le-feu toujours fragile. Le 21 juillet, des frappes israéliennes ont tué douze Palestiniens selon les services médicaux cités par Reuters, dont six membres d’une même famille à Gaza-ville. Israël a déclaré avoir visé un membre du Hamas dans cette première frappe. Tant que les retraits prévus, le désarmement du Hamas et le futur dispositif international resteront bloqués, la barrière de terre à Gaza demeurera au centre d’une question stratégique majeure : s’agit-il d’une protection provisoire ou de l’installation durable d’une nouvelle géographie militaire ?

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