Hollywood fabrique des drones : leçon stratégique pour la France

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Hollywood fabrique des drones : leçon stratégique pour la France
Hollywood fabrique des drones : leçon stratégique pour la France | Armees.com

À Los Angeles, les studios qui forgeaient les mythes américains se reconvertissent en usines de drones militaires. Un signal puissant sur la recomposition de l’économie de défense mondiale. La France, elle, continue de dissocier sa base industrielle de sa stratégie militaire. Jusqu’à quand ?

**35 milliards $**

Estimation du marché mondial des drones militaires d’ici 2030 — une manne que la France peine encore à saisir à la hauteur de ses ambitions.

Quand l’Amérique réindustrialise, la France philosophe

Manhattan Beach Studios, berceau des Avengers et du Mandalorian, pourrait devenir une usine de drones et de technologies militaires. L’information peut faire sourire. Elle devrait surtout faire réfléchir.

Ce n’est pas un épiphénomène hollywoodien. C’est le signe d’une recomposition profonde de l’économie de défense américaine : quand un secteur civil s’effondre, le pays reconvertit ses actifs industriels vers ce qui garantit sa puissance. Vite. Pragmatiquement. Sans commission parlementaire de six mois.

La France, pendant ce temps, entretient un rapport singulier avec sa base industrielle de défense. On la célèbre dans les discours — Dassault, Naval Group, KNDS, Safran — mais on ne lui donne pas toujours les conditions de son agilité. Les cycles de commande publique restent longs, les procédures d’acquisition complexes, les délais de paiement parfois indécents pour les PME sous-traitantes. On peut se demander combien de pépites technologiques françaises ont été rachetées par des fonds étrangers, faute d’un écosystème de commande publique réactif.

La LPM 2024-2030, avec ses 413 milliards d’euros, est une ambition. Mais une ambition n’est pas une stratégie industrielle.

La vraie question : comment dépense-t-on ces milliards ?

Avoir décidé d’épargner le budget des armées de la cure d’austérité imposée aux autres ministères, c’est bien. Dépenser efficacement ces crédits, c’est autre chose.

Quelques vérités s’imposent. La France consacre environ 2 % de son PIB à la défense — seuil otanique atteint dans la douleur et sous pression américaine. La Pologne y consacre désormais 4 %, la Suède 2,4 %, la Grèce 3 %. Plus révélateur encore : le Royaume-Uni et l’Allemagne ont engagé des réformes profondes de leurs processus d’acquisition pour réduire les délais et coûts de développement des systèmes d’armes.

En France, le coût des programmes armement explose régulièrement. Le rapport annuel de la Cour des comptes sur les programmes d’armement en atteste : surcoûts, glissements calendaires, spécifications qui évoluent en cours de route. Ce ne sont pas les crédits qui manquent toujours. C’est la rigueur de gestion.

Imaginez un instant qu’on applique à la dépense militaire la même exigence d’évaluation qu’on réclame — en vain — pour la dépense sociale. Combien économiserait-on sur les programmes en dérive ? Combien libérerait-on pour financer la vraie rupture technologique, celle des drones, de l’IA militaire, des munitions rôdeuses ?

L’industrie de défense, levier de souveraineté — mais pas à n’importe quel prix

Le signal hollywoodien porte une leçon que la France devrait méditer : la souveraineté industrielle de défense ne se décrète pas, elle se construit avec agilité, capitaux privés, commandes publiques prévisibles et tolérances au risque technologique.

Force est de constater que la France dispose de tous les atouts — ingénieurs, savoir-faire, champions industriels — mais reste prisonnière de processus d’une lourdeur administrative incompatible avec le tempo de la conflictualité contemporaine.

Dépenser plus pour la défense ? Oui. Mais dépenser mieux, c’est la condition sine qua non pour que ces milliards se transforment en capacités réelles et non en lignes budgétaires rassurantes.

L’urgence n’est pas seulement de sanctuariser le budget militaire. C’est de le réformer de l’intérieur.

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