Une information publiée par Intelligence Online, média spécialisé dans les questions de renseignement, a suscité de nombreuses réactions. D’après ce média, des militaires français du régiment de cyberdéfense basé à Rennes auraient effectué des rotations en Ukraine pour se former aux techniques de cyberguerre, en particulier face aux méthodes attribuées aux services russes.
Cette affirmation a toutefois été démentie de façon catégorique par l’état-major de l’armée française sur BFMTV. Marie-Gabrielle Bertran, chercheuse au CIENS (ENS-PSL), a souligné le poids pris par la cyberguerre aujourd’hui : selon elle, nous sommes entrés depuis 2022 dans une nouvelle ère de cyberconflits.
Ce que dit l’allégation
Selon l’article, les militaires français auraient travaillé aux côtés des unités ukrainiennes CERT-UA et du Cyber Security Situation Centre du SBU (Service de sécurité ukrainien), afin d’observer directement des opérations dans un conflit de haute intensité. Le but aurait été de comprendre et d’analyser les méthodes cyber employées, souvent attribuées à la Russie.
L’armée française a répondu sans détour sur BFMTV. Elle nie toute implication de son régiment de cyberdéfense dans ce type de coopération en Ukraine, malgré les menaces russes.
Créé le 1er janvier 2025, ce régiment de Rennes s’appuie sur la 807e compagnie de transmissions et sur le bureau cyber de la brigade d’appui numérique et du cyber. Il doit monter en puissance jusqu’en 2030, avec un effectif visé de 400 personnes. L’objectif est de bâtir un programme de défense solide face aux attaques et de renforcer les capacités de la France dans le cyberespace, notamment lors de l’exercice DEFNET.
Le volet européen et international
Au niveau européen, les enjeux stratégiques pèsent lourd. En adhérant au mécanisme de Tallinn le 20 décembre 2023, la France a marqué sa volonté de soutenir l’Ukraine en matière de cybersécurité. Ce dispositif permet à l’Ukraine d’activer une réserve cyber européenne, financée à hauteur de 36 millions d’euros sur trois ans.
Henna Virkkunen, vice-présidente exécutive de la Commission européenne, a insisté sur « nos défenses collectives » et sur « le principe de solidarité au cœur de l’avenir numérique de l’Europe ». Cette solidarité s’impose face aux attaques répétées, comme celles qui ont perturbé le réseau KA-SAT ou frappé des infrastructures critiques.
Depuis septembre 2025, cette réserve est ouverte à la Moldavie, signe d’une approche collective pour limiter les risques cyber. Le dispositif permet de mobiliser rapidement des prestataires privés capables d’intervenir sur des incidents, en complément des forces armées nationales.
Ce que ça change pour la guerre
Les cyberattaques peuvent désormais provoquer des effets dits « cinétiques », c’est-à-dire des conséquences physiques ou opérationnelles. Leur multiplication rend une réponse coordonnée d’autant plus urgente. Pendant que l’Ukraine protège ses infrastructures numériques vitales et renforce ses capacités de riposte, Marie-Gabrielle Bertran appelle à penser cette guerre hybride où le numérique devient un champ de bataille à part entière.
Dans ce domaine, la stratégie repose sur l’apprentissage en temps réel et sur une adaptation rapide qui renforce la résilience. Le numérique et les opérations militaires sont désormais étroitement liés, ce qui transforme la nature des conflits actuels et demande des réponses à la fois nouvelles et collectives pour protéger nos sociétés.








